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Accueil du site || Maladie et impacts || Transmission de la maladie || Transmission transplacentaire de la fièvre catarrhale ovine

Depuis le début de l’épizootie de fièvre catarrhale en 2006, on a pu constater le maintien du virus pendant les périodes hivernales considérées comme des périodes d’inactivité vectorielle. Il semble donc que le virus puisse persister à partir de réservoirs de ruminants et/ou d’insectes infectés.

Parmi les hypothèses émises pour expliquer ce phénomène, on a suggéré l’existence d’une transmission transplacentaire...

Suspicion de transmission transplacentaire : les importations en question

La transmission transplacentaire de la fièvre catarrhale a été suspectée pour la première fois au Royaume-Uni en octobre et décembre 2007. En janvier 2008 cette hypothèse s’est trouvée confirmée à la suite d’un incident survenu en Irlande du Nord. Trois veaux nés de génisses importées présentant des analyses sérologiques positives mais PCR négatives se sont avérés infectés (analyses sérologiques et PCR positives). Le virus a pu être isolé chez un des veaux. Parallèlement des bovins adultes se sont également infectés (suspicion d’infection par voie orale au contact des placentas contaminés) .

Des informations issues de suivis terrain

Des études terrain de la transmission verticale de la fièvre catarrhale (transmission de la mère au jeune) sont actuellement en cours dans différents pays de l’Union Européenne. La plupart concernent la transmission du virus de sérotype 8 (Pays-Bas, Belgique, Grande-Bretagne) et une s’intéresse à celle du virus de sérotype 1 (Espagne).

Virus de sérotype 8 (BTV8)

Les investigations ont été conduites sur :
- des fœtus après avortement,
- des veaux nouveaux-nés nés en période d’inactivité vectorielle,
- des couples mères-veaux dans lesquels les veaux ont été contrôlés avant prise de colostrum.

41 % des prélèvements de rates de fœtus (28 sur 68) étaient positifs par PCR (mise en évidence de l’ARN viral).

L’étude du statut sanitaire des veaux nouveaux-nés montre des fréquences variables d’infection transplacentaire. Elles s’élèvent à :
- un tiers des 54 veaux (dont un mort-né) provenant de 20 élevages d’East Anglia (Grande Bretagne),
- 10 % (11 sur 109) des veaux prélevés par voie sanguine (Belgique).

Certains veaux présentent un comportement anormal : signes neurologiques en terme de vue, d’audition, d’équilibre ; problèmes locomoteurs. L’autopsie des veaux caractérisés par ce syndrome montre une absence d’hémisphères cérébraux ou leur remplacement par des poches remplies de liquide. Des observations semblables ont été réalisées sur certains fœtus.

Le risque d’infection des veaux semble dépendre à la fois du stade de gestation au moment de l’infection et de la sévérité de l’infection chez la mère.

Enfin, l’étude des paires mères-veaux confirme l’existence d’une transmission transplacentaire et met en évidence l’existence aussi bien de veaux immuno-compétents (mise en évidence d’une réponse anticorps face à l’infection) que de veaux immuno-tolérants (animaux séronégatifs mais porteurs du virus).

Des travaux équivalents sont conduits en Belgique sur les brebis. Les premiers résultats n’apportent pas d’éléments en faveur d’une transmission transplacentaire chez les ovins.

Virus de sérotype 1 (BTV1)

En Espagne, les travaux ont porté sur des paires mères-veaux (88 vaches et 93 veaux nés en période d’inactivité vectorielle) provenant de 17 élevages d’Andalousie. Les résultats préliminaires ne mettent pas en évidence de transmission transplacentaire.

Des conclusions convergentes

- une transmission transplacentaire avérée du BTV8 chez les bovins ,
- une incidence sur la fréquence des avortements chez les bovins infectés par le BTV8 et la naissance de veaux anormaux dont certains présentant des lésions cérébrales et des anomalies comportementales.
- l’absence de mise en évidence à ce jour d’une transmission transplacentaire du BTV8 chez les ovins,
- l’absence de mise en évidence à ce jour d’une transmission transplacentaire du BTV1 chez les bovins.

Au cours de la réunion d’information et d’échanges du 21 janvier 2009 organisée dans le cadre du RFSA [1], la notion de transmission transplacentaire a été abordée et précisée.
Selon E. Albina (UMR CIRAD-INRA ; CMAEE [2]), elle reste relativement peu décrite dans la littérature et semble dépendre du sérotype du virus incriminé (absence de transmission aux fœtus par le BTV11) et des espèces concernées.

- Chez les ovins :
Elle est assez régulièrement constatée avec des cas décrits de transmission à 40 et 60 jours de gestation.
Les vaccins vivants atténués sont d’ailleurs non recommandés chez la brebis pour leurs effets tératogènes potentiels (E. Albina).

- Chez les bovins :
La transmission verticale est démontrée en ce qui concerne le BVT8.
Elle peut intervenir à différents stades de gestation et induire, lors d’infection précoce (70-150 jours), des avortements ou des malformations congénitales (G. Meyer, UMR INRA - ENVT ; IHAP [3]).

Des conséquences réglementaires

A la suite des incidents survenus en Janvier 2008 et considérant que la transmission transplacentaire du virus pouvait participer à la diffusion du virus, l’Irlande du Nord, indemne de FCO, a informé le 29 février 2008 la Commission Européenne ainsi que l’ensemble des États membres de l’Union européenne, de la prise d’une clause de sauvegarde sur la base de l’article 10.1 de la directive 90/425/CEE, interdisant l’introduction sur son territoire de certains ruminants (femelles de l’espèce bovine âgées de 12 mois ou plus, et de femelles de l’espèce ovine âgées de 6 mois ou plus), en provenance des zones soumises à restriction au regard de la FCO.

Depuis la Commission Européenne a pris en compte l’existence des risques de propagation du virus par des femelles gestantes ou certains animaux nouveau-nés et a modifié en conséquence les modalités de surveillance et de circulation des animaux dans les zones réglementées et à partir de celles-ci. Ces élément sont précisés dans le Règlement (CE) no 384/2008 de la Commission du 29 avril 2008.

En particulier, dans la situation française actuelle, l’une des deux conditions suivantes doit désormais être remplie pour pouvoir envoyer une femelle gestante d’une zone réglementée vers une zone indemne pour un sérotype donné dans un autre Etat Membre :
- protection contre les vecteurs d’au moins 28 jours et sérologie négative dans les 7 jours précédant le départ
- ou, avant l’insémination ou la saillie :

  • soit primo-vaccination avec installation de l’immunité et PCR négative au moins 14 jours après
  • soit femelle non vaccinée et séropositive depuis plus de 60 jours (ou plus de 30 jours avec une PCR négative) et moins de 360 jours


Pour en savoir plus :

- Rapport du groupe de travail de la Commission Européenne chargé d’étudier la transmission par voie transplacentaire et présentations des différentes équipes de recherche :

http://ec.europa.eu/food/animal/diseases/controlmeasures/bluetongue_en.htm

- De Clercq K. et al. Transplacental bluetongue infection in cattle. Veterinary Record. 2008. 62(17) : 564

notes:

[1] RFSA : Réseau Français pour la Santé Animale

[2] CMAEE : Contrôle des maladies animales exotiques et émergentes

[3] IHAP : Interaction Hôtes Agents Pathogènes