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Accueil du site || Europe et pourtour méditerranéen || Virus de sérotype 6 : de la confirmation des premiers foyers à la levée des mesures de contrôle

Le 27 octobre dernier, les Pays-Bas déclaraient à l’OIE la présence sur leur territoire d’un autre sérotype du virus de la FCO : le virus de sérotype 6 (BTV 6). Le diagnostic a été posé dès le 24 octobre par le Laboratoire européen de référence de Pirbrigth.

Quelques temps plus tard, des foyers étaient à leur tour confirmés en Allemagne.

A la suite des travaux et enquêtes conduits dans ces deux pays, il a été possible de lever les mesures de contrôle initialement mises en place.

... Bilan de la situation...

Mise en évidence du virus de sérotype 6 aux Pays-Bas puis en Allemagne

-  Aux Pays-Bas , le premier cas identifié a fait suite à l’analyse pratiquée sur une vache le 27 août 2008 en vu de son exportation. Dès le 20 octobre, quatre foyers avaient été identifiés et ont ensuite fait l’objet d’investigations. Au total, 21 élevages ont été concernés par la FCO de sérotype 6, soit 22 animaux touchés.

-  En Allemagne , un premier foyer impliquant le BTV 6 a été confirmé le 5 novembre 2008. Il concernait un élevage bovin du nord-ouest de l’Allemagne, près des Pays-Bas, en zone réglementée 6. Fin 2008, on répertoriait 23 foyers pour 45 animaux touchés. L’ensemble des cas identifiés l’a été en novembre et décembre 2008.

D’après http://ec.europa.eu/food/committees/regulatory/scfcah/animal_health/presentations_en.htm#34032009

Une circulation virale limitée

Prévalence intra-troupeau :

Aux Pays-Bas, les analyses réalisées dans une partie des exploitations affectées montrent une faible prévalence de la fièvre catarrhale de sérotype 6 : 0,75 % en moyenne.

Circulation virale :

- Aux Pays-Bas, l’évaluation de la circulation virale a été réalisée en pratiquant des analyses sur :

  • les animaux présents dans un périmètre de 1 km autour des premiers foyers identifiés,
  • les animaux faisant l’objet d’une suspicion clinique, sérologiquement positifs mais présentant un test négatif par PCR,
  • les animaux destinés aux échanges.

Sur 14393 prélèvements réalisés, 22 se sont avérés positifs vis-à-vis du BTV 6, soit une fréquence de 0,15 % considérée comme très faible (0,4 % dans le périmètre de 1 km autour des premiers foyers).

- En Allemagne, les résultats obtenus sont du même ordre : la prévalence dans la zone réglementée vis-à-vis du BTV 6 était de 0,25 % (22 cas positifs sur 18357) et peut être ramenée à 0,16 % si l’on considère l’ensemble de la région.

Le virus ne semble donc avoir diffusé que de manière limitée et aucun autre sérotype (en dehors du 8) n’a été détecté.

Caractéristiques du virus : une forte ressemblance avec une souche vaccinale

-  Impact clinique

Des travaux ont été conduits afin d’apprécier plus précisément l’incidence du BTV6 sur le plan clinique. Des infections expérimentales ont été réalisées à cette fin sur des vaches ou des moutons. Elles n’ont pratiquement induit aucun signe clinique hormis une fièvre modérée de durée limitée. Il semble par conséquent que la souche détectée aux Pays-Bas et en Allemagne ne soit pas virulente.

-  Réponse virologique et sérologique

Les infections expérimentales se traduisent par la positivité des tests PCR pendant une période relativement longue : plus de 20 jours (jusqu’à 98 jours dans les essais conduits en Allemagne). Chez les vaches, la séroconversion est différée dans le temps voire absente.

-  Analyse du génome viral

Le génome codant pour la protéine VP2 [1] est à 99,9 % identique à celui de la souche incluse dans un des vaccins vivants modifiés produits en Afrique du Sud. Les autres segments du génome sont à plus de 99 % identiques à ceux de la souche de référence dont dérive la souche vaccinale.

Il semble par conséquent vraisemblable que la souche incriminée dans les foyers européens soit effectivement la souche vaccinale contenue dans un des vaccins vivants atténués commercialisés en Afrique du Sud [2] .

Origine de la présence du virus de sérotype 6 en Europe : résultats des enquêtes

-  Le virus de sérotype 6 n’avait pas encore été mis en évidence en Europe ; il avait jusque-là été identifié en Afrique et en Amérique Centrale, ainsi qu’au Moyen-Orient et notamment en Israël où il a fait plusieurs apparitions sur des ovins dans les années 70-80.

-  Une enquête épidémiologique a été réalisée dans les 4 premiers foyers décelés aux Pays-Bas.

Différentes voies d’introduction du virus ont été envisagées et ont montré :


- une absence de liens entre les 4 premières exploitations touchées, objets de l’enquête (pas d’échange d’animaux, pas de contacts,…)
- l’absence de contamination par du BTV 6 du vaccin dirigé contre le BTV 8 et employé lors des campagnes vaccinales (3 élevages concernés)
- des résultats d’analyse négatifs vis-à-vis du BTV 6 chez les lamas et les alpagas importés du Chili (présence du BTV 6 non au Chili mais dans les pays voisins)
- l’impossibilité d’incriminer les zoos, les cirques ou encore les manifestations hippiques internationales après analyse des échanges et mouvements d’animaux
- l’absence d’éléments en faveur d’un éventuel trafic organisé de vaccins.

Aucun vaccin vivant atténué contre le BTV6 n’est autorisé dans l’Union Européenne. Néanmoins, en Afrique du Sud, il est possible d’acquérir directement (et légalement) du vaccin dans des officines vétérinaires agricoles et un touriste peut aisément en obtenir de petites quantités. Cette voie d’introduction impossible à contrôler est, à l’heure actuelle, considérée comme la plus probable.

Des mesures de contrôle désormais levées

Lors de la mise en évidence des premiers foyers de FCO de sérotype 6 tant en Allemagne qu’aux Pays-bas, un ensemble de mesures ont été mises en place incluant l’établissement d’une zone réglementée et la restriction des mouvements des animaux dans le cadre des échanges commerciaux.

Lors de l’évaluation par la commission européenne de la situation de ces deux pays vis-à vis du BTV6, plusieurs éléments ont été considérés :

  • la quasi absence de signes cliniques que ce soit sur le terrain ou en situation expérimentale (dans le cadre des essais, seule des réactions fébriles ont été rapportées),
  • la faible incidence de l’infection et une circulation virale géographiquement limitée,
  • la forte ressemblance du virus incriminé avec une souche vaccinale employée en Afrique du Sud.

La souche de BTV6 actuellement présente en Europe n’apparaît pas comme pathogène. Par conséquent, même si une surveillance étroite doit être maintenue, il a été jugé possible de lever les mesures de contrôle préventives jusque là mises en place. Cette décision a pris effet le 05 mars 2009.

Bien évidemment, des mesures de contrôle seraient de nouveau appliquées s’il y avait la moindre suspicion de circulation virale pendant la période d’activité vectorielle en 2009 ou si une souche virulente était mise en évidence.


Pour en savoir plus :

- Les diaporamas présentés par l’Allemagne et les Pays-Bas lors de la réunion du C.P.C.A.S.A (Comité Permanent de la Chaîne Alimentaire et de la Santé Animale) du 04 mars 2009 sont disponibles sur le site de la Commission Européenne (lien ci-après) :
http://ec.europa.eu/food/committees/regulatory/scfcah/animal_health/presentations_en.htm#34032009

- Un rapport complet sur l’épizootie de sérotype 6 aux Pays-Bas peut également être consulté sur le site de la Commission Européenne :
http://ec.europa.eu/food/animal/diseases/controlmeasures/bluetongue_en.htm#serotype611

notes:

[1] VP2 : protéine de structure de la capside externe du virus, généralement peu conservée entre les virus et intervenant de ce fait dans le typage des souches ; Voir aussi à ce sujet : Le virus de la fièvre catarrhale ovine

[2] L’utilisation de vaccins vivants atténués est répandue en Afrique du Sud. En ce qui concerne la fièvre catarrhale, trois vaccins pentavalents sont proposés :
  vaccin A dirigé contre les sérotypes 1, 4, 6, 12 et 14 ;
  vaccin B dirigé contre les sérotypes 3, 8, 9, 10 et 11 ;
  vaccin C dirigé contre les sérotypes 2, 5, 7, 13 et 19.