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Accueil du site || Maladie et impacts || Virus et réponse de l’animal || Origine des nouveaux sérotypes de fièvre catarrhale présents en Europe du Nord : l’apport des études de typage moléculaire

Une journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine a été organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 21 janvier 2009.

Au cours de cette journée, l’origine des nouvelles épizooties de fièvre catarrhale survenues dans le Nord de l’Europe, a été abordée au travers des connaissances issues des travaux de typage moléculaire en cours.

Classiquement présente entre les 40ème et 50ème parallèles au nord, et entre les 30ème et 40ème parallèles au sud, la fièvre catarrhale a progressivement conquis le bassin méditerranéen mais aussi, de manière plus inattendue, l’Europe du Nord.

Le virus de sérotype 8 (BTV8) a été le premier a être identifié en Europe du Nord (2006). Tandis que l’épizootie progressait dans l’ensemble de l’Europe et que des moyens d’investigation, de contrôle et de surveillance étaient mis en place dans les pays touchés, la présence d’autres sérotypes a été décelée : sérotype 6 (BTV6) en Allemagne et aux Pays-Bas, sérotype 11 (BTV11) en Belgique, présence d’un virus proche de celui de la fièvre catarrhale en Suisse.

Se pose alors la question de l’origine de ces virus : introduction ou fruit des réassortiments génétiques… Les études de typage moléculaire en cours permettent d’avancer quelques réponses.

L’énigme posée par le BTV 8

Les premières analyses réalisées sur le génome du BTV8 ont témoigné de sa parenté avec un virus présent en Afrique sub-saharienne. Néanmoins, comme le précise S. Zientara (AFSSA LERPAZ), les travaux de phylogénie moléculaire menés en collaboration avec les équipes anglaise, belge, allemande et hollandaise ont montré qu’il était différent de tous les sérotypes 8 isolés jusqu’alors.

Ainsi les modalités d’introduction du BTV8 dans le Nord de l’Europe restent-elles encore inconnues. L’absence d’antériorité d’épizootie par ce sérotype dans le sud de l’Europe suggère l’existence d’une introduction selon une voie et des mécanismes distincts des précédentes épizooties.

La circulation à bas bruit de souches probablement d’origine vaccinale

La mise en place de mesures de surveillance de la fièvre catarrhale, la généralisation des contrôles notamment dans le cadre des échanges commerciaux ont permis de déceler la présence de nouveaux sérotypes viraux :

-  Août 2008 : identification d’un premier cas de BTV 6 aux Pays-Bas
-  Novembre 2008 : confirmation d’un premier foyer impliquant le BTV6 au Nord-Ouest de l’Allemagne
-  Février 2009 : notification de la détection du BTV11 dans une exploitation de Flandre orientale

Les situations observées se caractérisent par la pauvreté des signes cliniques et une extension géographiquement limitée de la maladie.

L’hypothèse actuellement retenue pour expliquer l’émergence de ces virus serait une diffusion d’une souche vaccinale produite en Afrique du sud . Les virus incriminés présentent en effet de fortes similitudes sur le plan génomique avec les souches de référence présentes dans des vaccins vivants atténués [1].

Selon E. Albina (Contrôle des maladies animales exotiques et émergentes, CIRAD), plusieurs éléments ont sans doute participé à limiter l’extension de l’épizootie due au BTV6 :

  • Dans les conditions expérimentales, la virémie due au BTV6, (mesurée indirectement par la détection quantitative du génome viral par PCR en temps réel), est inférieure à celle observée avec le BTV8. Cette différence peut expliquer une moindre capacité à la transmission.
  • Par ailleurs, le BTV6 est arrivé dans un contexte de forte immunisation des cheptels à l’égard du BTV8. Une pré-immunité vaccinale ou naturelle anti-BTV8 interfère peut-être avec la réplication de ce nouveau sérotype BTV6.
  • Enfin, le BTV6 a été observé en fin de saison d’activité vectorielle, ce qui est le principal facteur pour limiter pour le moment son extension.

En tout état de cause, la commission européenne a jugé possible de lever les mesures de contrôle préventives (restrictions de mouvements dans le cadre des échanges commerciaux) jusque là mises en place (décision au 05 mars 2009). Une surveillance étroite est néanmoins maintenue.

L’orbivirus Toggenburg : 25ème sérotype ou nouveau virus ?

Au début de l’année 2008, plusieurs chèvres issues d’élevages suisses, cliniquement saines ont présenté des tests sérologiques et PCR positifs vis-à-vis de la fièvre catarrhale. La faiblesse des réponses obtenues par ces tests a incité les scientifiques de l’Institut de Virologie et d’Immunoprophylaxie (IVI) suisse à préciser les caractéristiques génomiques du virus en cause.

Ce virus a été dénommé TOV pour Orbivirus Toggenburg [2].

Le séquençage de son génome montre qu’il s’agit d’un orbivirus distinct des orbivirus connus à ce jour.

- L’étude moléculaire des segments d’ARN du génome qui codent les protéines de structure (Pour plus de précision sur la structure du virus : Le virus de la fièvre catarrhale ovine) tend à montrer que ce virus appartient au groupe des virus de la FCO. En revanche, l’analyse des segments relatifs aux protéines non-structurales ne renforce pas cette hypothèse.

- Sur le plan antigénique, on observe, par la technique ELISA, des réactions croisées plus importantes avec le virus de la FCO qu’avec celui de la maladie hémorragique épizootique (EHDV : epizootic hemorrhagic disease virus).

Le TOV n’apparaît pas comme la résultante de recombinaisons ou réassortiments génétiques entre les sérotypes viraux de la FCO référencés à ce jour dont il se distingue de manière claire. Des interrogations persistent donc pour définir dans quelle mesure il constitue ou pas le 25ème sérotype des virus de la FCO. La question continue de faire débat…

Mis en évidence dans le cadre de contrôles de routine en vue d’exportation vers la Suède, ce virus n’a pas suscité de signes cliniques manifestes ni sur le terrain (observation chez les caprins ; réponse uniquement sérologique chez les ovins ; pas de cas identifié chez les bovins), ni après infection expérimentale. A ce jour, le TOV présente un intérêt scientifique incontestable mais n’a pas d’impact technique et économique sur le terrain.

Quels risques pour l’émergence de nouveaux sérotypes ?

-  Un risque faible de réassortiment génétique entre sérotypes :

Lors de co-infections par deux virus différents, il existe une possibilité, en raison du caractère segmenté du virus de la FCO, que des segments génomiques puissent être échangés. On parle alors de réassortiment génétique. Par ailleurs, des mutations peuvent émerger lors des phases de réplication du virus.

Selon P. Vannier (Directeur de la Santé Animale et du bien-être des animaux, AFSSA), l’hypothèse d’un nouveau sérotype issu de réassortiments entre sérotypes existants déjà en Europe est néanmoins faible car le segment du génome de ce « réassortant » qui détermine le sérotype sera issu de celui de l’un des deux virus parentaux.

-  Une introduction possible via les pays tiers

Selon P. Vannier, en France et en Europe, l’émergence d’un nouveau sérotype, à l’instar du 6, du 8, dépendra plus probablement de la présence de ces sérotypes dans les pays tiers autour de l’Union Européenne.

Il est important aujourd’hui de mieux comprendre l’origine de ces nouvelles épizooties apparues dans des régions très proches sur le plan géographique. Coïncidence ou véritable « navette d’introduction » de sérotypes exotiques voire de virus exotiques comme l’estiment certains experts européens ?
Face à ce risque potentiel, des investigations poussées doivent être réalisées pour essayer d’identifier les sources d’infection et disposer d’information pour prévenir l’introduction de nouveaux virus exotiques en Europe. Ces investigations doivent aussi concerner l’introduction massive de fleurs exotiques (région de Maastricht) avec une évaluation de la population des vecteurs introduits avec ces fleurs tropicales.


Pour en savoir plus :

Sur les épizooties occasionnées par le BTV 6 et le BTV 11 : Virus de sérotype 6 : de la confirmation des premiers foyers à la levée des mesures de contrôle et Virus de sérotype 11 en Belgique : la découverte fortuite d’une souche non pathogène ?

Ci dessous : Diaporama présenté par S. Zientara (AFSSA) sur le "Typage moléculaire du virus de la fièvre catarrhale ovine (BTV)" au cours de la journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine organisée par le Réseau Français pour la Santé Animale le 21 janvier 2009.

notes:

[1] L’utilisation de vaccins vivants atténués est répandue en Afrique du Sud. En ce qui concerne la fièvre catarrhale, trois vaccins pentavalents sont proposés : vaccin A dirigé contre les sérotypes 1, 4, 6, 12 et 14 ; vaccin B dirigé contre les sérotypes 3, 8, 9, 10 et 11 ; vaccin C dirigé contre les sérotypes 2, 5, 7, 13 et 19.

[2] Toggenburg est le nom donné à une vallée située dans le canton de St Gallen, au nord-est de la Suisse. C’est également le nom d’une race de chèvre laitière : la Toggenburg

Pièces jointes