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Accueil du site || Prévention || Mesures générales de gestion || Evaluation des risques d’introduction de nouveaux sérotypes de fièvre catarrhale en France et recommandations en matière de gestion

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a été saisie le 20 octobre 2008 par la Direction générale de l’alimentation (DGAl) d’une demande d’évaluation du risque d’apparition de nouveaux sérotypes de fièvre catarrhale (FCO) en France et de recommandations en matière d’épidémiosurveillance et de prévention de ces nouveaux sérotypes.

Le Groupe d’expertise collective d’urgence « Fièvre catarrhale ovine » vient de rendre public son avis.

Dans son avis, l’AFSSA rappelle tout d’abord la difficulté d’estimation du risque d’introduction de nouveaux sérotypes de la fièvre catarrhale (FCO).

L’évolution de la FCO dépend en effet de trois groupes de facteurs :
- la souche virale, en termes de pouvoir pathogène, de virémie, …
- les populations cibles en termes de statut immunitaire (infection ou vaccination préalable contre d’autres sérotypes), d’espèces réceptives, de densité de cheptels, …
- les vecteurs présents en termes d’efficacité de la transmission du virus.

Les mécanismes d’introduction de nouveaux sérotypes font l’objet d’une première analyse :
- Même si ceux-ci diffèrent selon le type de souche introduite (souche vaccinale vs souche sauvage), les risques liés aux mouvements d’animaux virémiques (suite à une infection ou une vaccination par un vaccin vivant) ou en incubation constitue une constante.
- Le déplacement actif ou passif des insectes vecteurs (transport par les vents ou associé à celui d’animaux ou de végétaux en provenance de zones infectées) intervient également mais apparaît difficile à prévenir.
- Enfin, les problèmes posés par le recours à des vaccins à virus vivant sont soulevés.

Evaluation des risques d’introduction de nouveaux sérotypes

La probabilité d’introduction de nouveaux sérotypes a été estimée.

Elle prend en compte deux types de menaces :
- des menaces avérées qui résultent de l’évolution de la situation épidémiologique dans les régions ou pays actuellement infectés en Europe et dans le pourtour méditerranéen,
- des menaces potentielles correspondant à l’introduction de nouveaux sérotypes absents à ce jour dans les pays voisins de la France.

- Menaces potentielles :

L’introduction des virus de sérotypes 6 et 8 constitue un précédent sur le plan épidémiologique. Faute de connaître les circonstances et mécanismes de leur introduction en Europe du Nord, il semble difficile de quantifier les risques d’une part (phénomène de caractère aléatoire) et de prévenir des situations analogues d’autre part.

- Menaces avérées :

Dans ce domaine, les informations disponibles, même fragmentaires, permettent une évaluation plus précise.

  • Risques d’introduction à partir de la Corse

Sont concernés les virus de sérotypes 1, 2, 4 et 16.

Si la circulation du virus de sérotype 2 (BTV2) semble être interrompue depuis 2004 (possible éradication), la situation épidémiologiques vis-à-vis des autres sérotypes est mal connue. L’absence de foyer clinique depuis plus de deux ans n’exclut pas en effet une circulation silencieuse des virus : circulation du BTV 4 ; présence du BTV 16 non écartée, détection du BTV 1 au deuxième semestre 2008.

Les mesures mises en place depuis plusieurs années tant sur le plan vaccinal que sur le plan de la gestion des mouvements d’animaux permettent cependant de considérer que la probabilité de transfert de sérotypes 1, 4 et 16 de Corse vers le continent au cours de l’année 2009 est extrêmement faible à très faible (3 à 4 sur une échelle de 0 à 9).

  • Risques d’introduction à partir des pays européens

L’introduction d’un nouveau sérotype à partir du Nord de l’Europe réside essentiellement dans l’extension de l’épizootie due au virus de sérotype 6. Les caractéristiques du virus (pouvoir pathogène et capacité de diffusion limités) alliées à des conditions climatiques favorables (début d’hiver froid) permettent d’espérer une absence de reprise d’activité à l’été 2009. Même en envisageant une hypothèse plus pessimiste, l’évolution de l’épizootie ne devrait pas avoir le même ampleur que celles occasionnées par les sérotypes 8 ou 1.

L’introduction d’un nouveau sérotype à partir du Sud de l’Europe provient de l’évolution des situations existant en Italie d’une part, en Espagne d’autre part. La situation de la péninsule italienne (sérotypes 2, 4, 8, 9 et 16), bien que mal connue, semble stable sans mouvement du sud vers le nord. En Espagne, le principal danger identifié est représenté par le sérotype 4, les autres sérotypes présents (1 et 8) circulant déjà en France continentale.

Globalement, la probabilité d’introduction, au cours de l’année 2009, de nouveau(x) sérotype(s) en provenance des pays européens est variable mais susceptible d’atteindre un niveau élevé (8 sur une échelle de 0 à 9).

A noter :

L’avis de l’AFSSA émis en février 2009 en fonction des situations épidémiologiques alors connues en Europe ne rend pas compte de deux évolutions récentes susceptibles de moduler l’évaluation des risques :
-  concernant le sérotype 6 : la levée récente (mars 2009) des mesures de contrôle s’y rapportant (sur ce sujet : Virus de sérotype 6 : de la confirmation des premiers foyers à la levée des mesures de contrôle )
-  concernant le sérotype 4 : l’officialisation de l’éradication de ce sérotype en Espagne (sur ce sujet : Eradication de la fièvre catarrhale de sérotype 4 en Espagne).

  • Risques d’introduction à partir des pays sud-méditerranéens

La menace existe, le continent africain constituant un réservoir de nombreux sérotypes de FCO. Il est néanmoins probable que soient d’abord affectées les zones géographiques les plus proches de l’Afrique (détroit de Gibraltar, îles du centre méditerranéen, rives de l’Est méditerranéen), la France continentale risquant d’être touchée dans un second temps.

Recommandations relatives aux modalités de surveillance

La méthode la plus sensible pour détecter l’introduction de nouveaux sérotypes repose sur la surveillance des suspicions de FCO clinique couplée à un diagnostic de laboratoire réalisé en collaboration entre les laboratoires vétérinaires agréés et le laboratoire de référence (en cas de réponse positive en FCO, mais négative pour les sérotypes 1 et 8, vérification de la présence de l’un des 22 sérotypes exotiques pour la France continentale).

En cas de progression d’un nouveau sérotype dans les pays limitrophes, la mise en place dans la zone frontalière, de cheptels sentinelles permettrait de détecter l’infection de façon précoce avant survenue des premiers cas cliniques.

A l’échelle européenne, il semble souhaitable de constituer une banque de données permettant un accès en temps réel à l’information relative à la distribution des foyers de FCO en Europe dans le temps et dans l’espace.

Des propositions sont également formulées afin d’apporter un appui aux pays sud-méditerranéens à la fois sur le plan technique et scientifique et en termes de collecte de l’information.

Recommandations relatives à la prévention de l’extension de nouvelles épizooties

La limitation de l’extension de nouvelles épizooties repose d’abord sur des mesures classiques de gestion des mouvements d’animaux et d’action sur les populations d’insectes vecteurs.

Deux autres types d’actions doivent en outre être envisagés : l’abattage et la vaccination d’urgence.

  • Abattage

Sauf cas exceptionnels, l’abattage apparaît comme un non-sens pour lutter contre une épizootie envahissante, atteignant la frontière d’un pays jusque là indemne.

Y compris en cas d’introduction accidentelle d’animaux infectés par un nouveau sérotype, l’intérêt de l’abattage est conditionné à la précocité de la détection de la maladie et à la rapidité d’intervention des différents acteurs (vétérinaires, laboratoires,…) sur le terrain.

La Norvège, confrontée à de premiers foyers de FCO de sérotype 8 début 2009, a actuellement recours à cette mesure qui ne concerne qu’un nombre limité d’animaux (6 vaches et 3 veaux au 2 avril 2009).

  • Vaccination d’urgence

La vaccination d’urgence contre la FCO peut être envisagée soit préventivement en cas d’expansion d’une nouvelle épizootie dans un pays voisin, soit autour des premiers foyers détectés à la suite de l’introduction d’un nouveau sérotype.

Elle nécessite la disponibilité rapide du vaccin correspondant ce qui implique :
-  pour les vaccins vivants atténués, de disposer d’informations concernant notamment l’atténuation des souches et l’innocuité,
-  pour les vaccins inactivés, de développer en plus de ceux existants (sérotypes 1, 2, 4, 8 et 9) des vaccins dirigés contre les sérotypes d’ores et déjà présents en Europe (sérotypes 6 et 16) ou dans les pays méditerranéens (sérotypes 15 et 24 présents en Israël).


Pour en savoir plus :

L’avis de l’AFSSA est téléchargeable ci-après.