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Accueil du site || Vecteurs || Méthodes de lutte || Evaluation de l’intérêt de la désinsectisation dans la lutte contre la fièvre catarrhale ovine

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) s’est auto-saisie le 31 mars 2009 afin d’évaluer l’intérêt de la mise en œuvre des mesures de désinsectisation dans le protocole de lutte contre la fièvre catarrhale ovine.

Le Groupe d’expertise collective d’urgence « Fièvre catarrhale ovine » vient de rendre public son avis.

Dans son avis, l’AFSSA rappelle tout d’abord le contexte de cette évaluation.
Il s’agit de définir la place de la désinsectisation dans un protocole plus large de lutte contre la fièvre catarrhale incluant la mise en place d’une vaccination obligatoire contre les virus circulant actuellement en France continentale (virus de sérotypes 8 et 1).
Ces recommandations devraient donc être reconsidérées en cas d’apparition d’un nouveau sérotype (absence de vaccin approprié ou manque de disponibilité de doses vaccinales).

L’avis de l’AFSSA s’appuie sur une récente revue bibliographique (publiée en annexe du document) concernant l’efficacité des insecticides dans la lutte contre les Culicoïdes, insectes vecteurs de la FCO.

Traitements insecticides dans l’environnement

-  Traitement des gîtes larvaires

Le traitement contre les gîtes larvaires présente des risques écologiques alors même que son efficacité reste non démontrée.

Les habitats larvaires sont en effet encore mal connus et/ou difficilement accessibles. A cela s’ajoutent des contraintes réglementaires liées à l’épandage des insecticides. Ainsi, la lutte contre les formes larvaires de Culicoïdes ne présente pas d’intérêt dans le contexte européen de la transmission du virus de la FCO.

-  Traitement des bâtiments d’élevage, de leurs environs et des moyens de transport dirigé contre les Culicoïdes adultes

Les données font défaut pour évaluer pleinement l’efficacité des traitements dans l’environnement, les bâtiments d’élevage et les camions.

L’effet de l’application d’organophosphorés ou de pyréthrinoïdes par traitement au sol ou aérien s’est avéré limité et transitoire vis-à-vis de C. furens (Carpenter et al., 2008) ; de même, l’épandage de pyréthrinoïdes autour des bâtiments d’élevage n’a entrainé aucune diminution des populations de Culicoïdes ou de C. imicola en Sardaigne (Satta et al., 2004).

Ainsi, l’application d’adulticides dans l’environnement, les abords des exploitations doit-elle être évitée en raison de sa faible efficacité sur les populations d’insectes vecteurs et de ses possibles conséquences écologiques (toxicité potentielle pour la faune naturelle non ciblée).

Aucune étude n’a été conduite pour tester l’efficacité de l’application d’insecticides dans les bâtiments d’élevage ou dans les véhicules de transport d’animaux.
Toutefois, selon une étude australienne, le traitement des enclos des animaux permettrait de réduire le taux d’attaque de certains insectes vecteurs par rapport à des abris non traités (Melville et al., 2005). Les résultats obtenus sur la mortalité des Culicoïdes par Schmahl et al., (2008) en traitant des surfaces avec une solution de lambda-cyhalothrin demandent, quant à eux, à être corroborés.

Application des insecticides sur les animaux

L’efficacité des insecticides peut être appréciée grâce à différentes approches :

-  évaluation de la sensibilité des populations d’insectes vecteurs à une molécule donnée et établissement des doses létales 50 % ou 90 %,

Les travaux réalisés dans ce domaine montrent une forte variabilité de sensibilité en fonction des espèces visées et des molécules employées.

-  évaluation des insecticides en situations contrôlées

Au delà de la sensibilité intrinsèque des Culicoïdes aux insecticides, l’efficacité des formulations va dépendre de la diffusion et de la rémanence des produits.

Dans la majeure partie des cas, les tests reposent sur l’évaluation de la mortalité des vecteurs mis au contact de poils prélevés sur les animaux traités (recours à de la deltaméthrine, du fenvalérate, de l’alphacyperméthrine). La mortalité apparaît généralement élevée (jusqu’à 100 % lorsque la concentration est suffisante - supérieure à 60 mg/m²- ) et persiste le plus souvent au moins 28 jours après application.
En revanche, lorsque les vecteurs sont posés directement sur la peau des animaux traités, les taux de mortalité sont plus faibles (Mathieu et al. ,2008).

Des essais, pour la plupart réalisés en Australie montrent que l’application d’insecticides s’accompagne d’une diminution du taux d’attaque des Culicoïdes (diminution du nombre de piqures subies par l’animal pendant un temps donné) mais la durée de protection reste limitée dans le temps.

Le groupe d’expertise juge la désinsectisation des animaux comme efficace contre les Culicoïdes à condition qu’elle soit réalisée de façon régulière et dans la mesure où une concentration suffisante en insecticide soit atteinte dans les parties fines du corps, là où les vecteurs piquent de façon préférentielle.

Sur le terrain, les contraintes sont nombreuses (choix des produits, respect des délais d’attente) et le renouvellement périodique des traitements pose, au delà des incertitudes sur une possible incidence environnementale, des problèmes pratiques et économiques.

-  évaluation des insecticides en situation de terrain

Sur le terrain, il est difficile de mesurer l’impact de l’application d’insecticides sur les animaux sur la transmission des virus de la fièvre catarrhale. Il n’existe donc à l’heure actuelle aucune preuve formelle de la capacité des pyréthrinoïdes à réduire ce risque.

De manière plus générale, le recours à la désinsectisation s’est avéré insuffisant pour empêcher l’extension de l’épizootie de fièvre catarrhale en France et plus largement en Europe, au cours de ces dernières années.

Recommandations

Dans le contexte actuel d’une vaccination obligatoire et généralisée des cheptels de ruminants vis-à-vis des sérotypes 1 et 8, seuls sérotypes circulant en France continentale, l’utilisation systématique d’insecticides ne paraît pas justifiée.

L’application des insecticides peut être mieux ciblée et réservée à certains cas particuliers.

-  Animaux à risque particulier de FCO et animaux pouvant constituer des sources de virus pour les Culicoïdes [1]

Deux catégories d’animaux sont concernées :

  • Animaux dits "à risque particulier de FCO" :

Il s’agit des animaux non vaccinés (animaux des centres d’insémination, animaux des parcs zoologiques et des enclos de chasse) ainsi que des animaux nés dans les exploitations après la date de vaccination des cheptels.
Les risques sont accrus s’ils sont susceptibles d’être en contact avec des animaux dont le statut sanitaire n’est pas connu (faune sauvage, contexte d’estive).

  • Animaux « Cas de FCO » ou infecté de FCO :

Il s’agit de ruminants présentant ou non des symptômes et/ou lésions évoquant la FCO, fournissant une réponse positive au test d’amplification génomique de la FCO (RT-PCR), ou ayant permis l’isolement du virus de la FCO ou non vaccinés et présentant une séroconversion récente. Dans un contexte de vaccination généralisée, ils peuvent essentiellement constituer des sources de virus pour les insectes vecteurs.

Dans ces différentes situations, les détenteurs de ces animaux doivent avoir la possibilité d’utiliser des insecticides dans le respect des dispositions prévues dans l’AMM des produits autorisés.

-  Transport d’animaux à partir de zones présentant des foyers actifs de FCO

Il faut tout d’abord rappeler que la désinsectisation des animaux est actuellement imposée par la réglementation européenne et nationale.

Selon le groupe d’expertise, la désinsectisation des camions et des animaux doit être recommandée lors de tout déplacement d’animaux d’une zone vaccinée dans laquelle des foyers actifs seraient détectés (associés à une probabilité accrue de présence de Culicoïdes infectants) vers une zone indemne, dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres autour des foyers, et ce jusqu’au début de la période d’inactivité vectorielle.

Le groupe d’expertise rappelle enfin que l’utilisation des insecticides sur les animaux, dans leurs bâtiments et de leurs moyens de transport, comme prévu par la réglementation communautaire et nationale actuelle, resterait pertinente en cas d’apparition de sérotype(s) viraux pour le(s)quel(s) aucun vaccin homologue n’existerait ou pour le(s)quel(s) le nombre de doses vaccinales serait insuffisant.


Pour en savoir plus :

L’avis de l’AFSSA est téléchargeable ci-après.

Sur ce site :
- Traitements insecticides dans l’environnement
- Insecticides et traitement des animaux : quels produits pour quelle efficacité ?

Des informations sur la lutte chimique contre les Culicoïdes sont également disponibles sur le site du CIRAD à l’adresse suivante :
http://bluetongue.cirad.fr/la_fco_en_bref/les_culicoides/la_lutte/la_lutte_chimique

notes:

[1] « Cas de FCO » : ruminant présentant des symptômes et/ou lésions évoquant la FCO et fournissant une réponse positive au test d’amplification génomique de la FCO (RT-PCR) ; ou ayant permis l’isolement du virus de la FCO ; ou non vacciné et présentant une séroconversion récente.

« Animal infecté de FCO » : ruminant ne présentant ni symptôme ni lésion évoquant la FCO et fournissant une réponse positive au test d’amplification génomique de la FCO (RT-PCR) (Ct ≤ 28) ; ou ayant permis l’isolement du virus de la FCO ; ou non vacciné et présentant une séroconversion récente.