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Accueil du site || Vecteurs || Méthodes de lutte || Lutte chimique contre les Culicoides

Une journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine a été organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 21 janvier 2009.

Au cours de cette journée, la lutte chimique contre les Culicoides et plus particulièrement l’application d’insecticides sur les animaux a été abordée

Différents moyens de lutte peuvent être envisagés contre les Culicoides parmi lesquels :

-  la lutte écologique  :

Il s’agit de mesures permettant de limiter les populations de vecteurs en agissant sur leur environnement. La lutte écologique consiste par exemple à éliminer les habitats larvaires : drainage et assèchement des points d’eau, gestion des déjections et des engrais de ferme, gestion adaptée des ensilages,...

-  la lutte mécanique  :

Il s’agit de mesures visant à empêcher (ou réduire) le contact entre l’hôte et le vecteur. La lutte mécanique consiste par exemple à maintenir les animaux à l’intérieur des bâtiments ou a minima à les rentrer la nuit de manière à diminuer les risques d’exposition aux vecteurs.

-  la lutte chimique  :

De manière générale, le développement de méthodes de lutte contre les Culicoides souffre du manque de connaissance de leur bio-écologie, mais aussi de la difficulté à manipuler ou élever certaines espèces.

En l’absence d’une amélioration des connaissances sur l’écologie des Culicoides, seule la lutte chimique semble envisageable sur le terrain.

Ce mode de lutte, et plus particulièrement l’application topique d’insecticide sur les animaux, fait l’objet de la présentation de T. Balenghien.

Méthodes d’évaluation des insecticides

L’évaluation de l’efficacité d’un insecticide passe par différentes phases :

-  la phase I  : sensibilité intrinsèque des vecteurs

La phase I consiste à déterminer la sensibilité intrinsèque des espèces de Culicoides à une molécule donnée : détermination des doses létales 50 ou 90 % (DL50 ou DL90) c’est à dire des doses entraînant la mort de 50 ou 90 % des Culicoides mis en contact avec le produit.

-  la phase II  : efficacité en milieu contrôlé

La phase II consiste à tester l’efficacité d’une formulation donnée en milieu contrôlé sur le taux d’attaque des Culicoides, sur leur taux de gorgement ou leur mortalité.

-  la phase III  : efficacité sur le terrain

La phase III consiste à évaluer l’efficacité d’une formulation sur la transmission du virus de la fièvre catarrhale sur le terrain.

Cette évaluation se heurte chez les Culicoides à des difficultés de deux ordres :

  • une manipulation délicate : observation d’une mortalité importante même chez les témoins ;
  • l’absence d’élevage disponible pour de nombreuses espèces ce qui limite la mis en œuvre des études expérimentales à la période d’activité des Culicoides.

Synthèse des connaissances

-  Essais de phase I  :

Il n’existe, à l’heure actuelle, aucun produit disposant d’une AMM [1] incluant dans ses indications la lutte contre les Culicoides. Il existe en revanche des insecticides bénéficiant d’une AMM pour d’autres indications et utilisables dans le cadre de la cascade.

Les seules molécules actuellement autorisées pour une application directe sur les animaux sont les pyréthrinoïdes.

Peu d’essais de phase I ont été à ce jour réalisés sur les espèces d’intérêt. On sait néanmoins que les Culicoides sont intrinsèquement sensibles aux pyréthrinoïdes.

On montre ainsi que Culicoides imicola est 2 fois plus sensible que Culex pipiens à la lambda-cyhalothrin (Braverman et al., 2004)

Des tests sont en cours de réalisation en collaboration entre l’EID Méditerranée (Entente Départementale pour la démoustication du littoral Méditerranéen) et le CIRAD. Ils concernent notamment l’évaluation de la DL50 vis-à-vis de la deltaméthrine pour C. imicola et C. obsoletus/scoticus

Ces travaux entrent dans le cadre des actions concertées mises en œuvre à l’échelle européenne par le réseau MedReoNet (http://medreonet.cirad.fr/) incluant l’Espagne, l’Angleterre, l’Afrique du Sud et la Belgique

-  Essais de phase II  :

Beaucoup d’essais en phase II utilisent le même schéma expérimental : l’insecticide est appliqué sur des animaux, dont les poils sont coupés, puis mis directement en contact avec des Culicoides ou disposés sur des systèmes de gorgement artificiels.

  • Effet sur le taux de gorgement des Culicoides

Les résultats varient selon la zone où sont coupés les poils. Des essais américains montrent un effet anti-gorgement de 100 % pendant 40 jours suite à un traitement en pour-on si les poils utilisés proviennent du dos de l’animal, alors qu’il n’y a pas d’effet à 5 jours si les poils proviennent du ventre de l’animal (Mullens, 1994).

Ainsi même si l’insecticide est intrinsèquement efficace, se pose le problème de sa diffusion sur le corps de l’animal.

  • Effet sur le taux d’attaque

On observe une diminution du taux d’attaque (nombre de Culicoides se posant sur une peau traitée) chez les animaux traités aux pyréthrinoïdes.

La réduction observée après perméthrine est supérieure à 80 % pendant 7 jours mais elle ne persiste pas à 10 jours.

Le second problème posé par l’application des insecticides tient par conséquent à la rémanence des produits.

  • Effet sur la mortalité

Les résultats obtenus lors des récentes études allemandes demandent à être validés.

-  Essais de phase III  :

Sur le terrain, l’évaluation de l’efficacité peut être mesurée en comparant le niveau de séroconversion au sein de troupeaux témoins ou traités avec des pyréthrinoïdes.

Les études disponibles sont peu nombreuses.

  • Travaux de Mullens et al. (2001) sur C. sonorensis aux Etats-Unis

Pas de différence entre témoins et traités suite à l’application sur le ventre des animaux d’une solution de perméthrine (250 ml par animal d’une solution à 0,2 %, renouvellement tous les 15 jours.

  • Travaux de Melville et al. (2004) en Australie

Différents groupes d’animaux sont comparés en fonction du traitement insecticide reçu : boucle auriculaire (diazinon), deltaméthrine en pour-on (25 g/L à 4 mL/100 kg), fluméthrine en pour-on (75 g /L à 10 mL/100 kg) ou application de fenvalerate (200 g/L).

Pas de différence significative. Seul le traitement à la deltaméthrine diminue le risque de transmission du virus de la FCO.

Il n’existe donc pas de preuve formelle de l’efficacité des insecticides dans la réduction de la transmission du virus de la fièvre catarrhale sur le terrain.

Une étude originale sur l’efficacité de la deltaméthrine en pour-on chez le mouton contre Culicoides nubeculosus

Une étude originale a été réalisée en collaboration entre l’EID/Méditerranée, l’INRA, la FRGDS Languedoc-Roussillon et le CIRAD (Mathieu et al. 2008).

-  Un protocole original

Des femelles d’élevage de Culicoides nubeculosus ont été mises directement au contact de la peau (intérieur de la cuisse) de brebis traitées avec une solution pour-on de deltaméthrine (10 ml d’une solution à 7,5 %, soit 75 mg/m²).

Les observations portent à chaque fois sur au moins 10 individus mis en contact avec le plat de la cuisse pendant 3 minutes.

La mortalité est constatée à 1 h et à 24 h.

-  Résultats et discussion

Les mortalités observées 24 heures après le contact des vecteurs avec la peau sont de 40, 49 et 25 % respectivement 1, 4 et 6 jours après application de l’insecticide.

Aucun effet n’est observé 13 jours après application.

De meilleurs résultats pourraient vraisemblablement être obtenus chez les bovins (meilleure diffusion de l’insecticide sur la peau) ou, chez les moutons, en optant pour d’autres formulation (aspersion).

Conclusions

L’application d’insecticides sur les animaux constitue pratiquement le seul moyen de lutte envisageable pour lutter contre les Culicoides.

- Les insecticides sont intrinsèquement efficaces.

- Leur efficacité réelle dépend de leur diffusion et de leur rémanence.

- Leur application se traduit par une diminution du taux d’attaque et de la longévité des insectes venus au contact des animaux traités sans que l’on ne sache dans quelle mesure cela induit une diminution de la transmission du virus de la fièvre catarrhale.

- Le traitement insecticide des animaux ne doit pas être utilisé comme une protection individuelle, mais c’est bien le traitement de tous les animaux qui est supposé entraîner une diminution du niveau de transmission.

- L’application fréquente d’insecticides (hors AMM actuels) sur les ruminants pourrait avoir des conséquences :

  • sur la santé des animaux mais aussi celle des utilisateurs ou des consommateurs,
  • sur l’environnement et la faune non-cible.

Pour assurer la sécurité des utilisateurs et des consommateurs de produits issus des animaux traités, il est donc impératif de respecter les règles d’utilisation de l’AMM. Toute autre pratique est susceptible de générer un risque de toxicité dû à des résidus.

- Des études doivent en outre être poursuivies pour :

  • quantifier l’efficacité des formulations disponibles (ou d’autres molécules/formulations non commercialisées),
  • évaluer l’impact sanitaire et environnemental de l’utilisation des insecticides,
  • et développer d’autres méthodes de lutte.

Pour en savoir plus :

- Ci dessous : Diaporama présenté par T. Balenghien (CIRAD) sur la "Lutte chimique contre les Culicoides" au cours de la journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine organisée par le Réseau Français pour la Santé Animale le 21 janvier 2009.

- L’avis de l’AFSSA en date du 7 mai 2009 (Saisine N°2009-SA-0086) concernant l’évaluation de l’intérêt de la désinsectisation dans la lutte contre la fièvre catarrhale ovine.

- La Note de service DGAL/SDSPA/N2009-8174 reprenant les recommandations précédentes.

- Mathieu B., Borba C., Setier-Rio ML., Montagnac D., Viudes G., Alexandre M., Baldet T. , Balenghien T. 2008. Efficacité du Butox® pour-on dans la protection des ovins contre Culicoides nubeculosus. Journées 3R, 3-4 décembre 2008, Paris, France

notes:

[1] AMM : Autorisation de mise sur le marché

Pièces jointes