Recherche

Accueil du site || Maladie et impacts || Virus et réponse de l’animal || Protection des ruminants suite à une infection naturelle par le virus de la fièvre catarrhale

Les travaux de recherche se poursuivent pour mieux appréhender la réponse immunitaire des ruminants face à une infection induite par le virus de la fièvre catarrhale (BTV).

Cette synthèse s’appuie sur les informations communiquées lors de la journée d’échanges organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 21 janvier 2009.

Développement de l’immunité

Réponse à médiation humorale

- A la suite d’une infection, on observe une réponse anticorps dirigée contre les protéines de la capside du virus :

  • production d’anticorps dirigés contre la protéine VP7

La séroconversion vis-à-vis de VP7 est concomitante de l’apparition des signes cliniques. Les anticorps dirigés spécifiquement contre VP7 sont détectables par des tests sérologiques de type ELISA environ 6 à 7 jours après inoculation, chez les ovins comme chez les bovins. La réponse anticorps anti-VP7 n’est cependant pas protectrice (G. Foucras, UMR INRA – ENVT ; IHAP - Interaction Hôtes Agents Pathogènes).

  • Production d’anticorps dirigés contre la protéine VP2

La production d’anticorps spécifiques de VP2 est probablement parallèle à celle dirigée contre VP7. Elle est vraisemblablement bien corrélée à la quantité globale d’anticorps neutralisants.
Les anticorps neutralisants sont présents au bout de deux semaines après l’infection à des titres élevés (1 :320). Ils persistent à des titres élevés pendant 3 mois et probablement au dessus du seuil associé à la protection pendant au moins une année (G. Foucras).

- La durée de persistance des anticorps après une infection naturelle n’est pas précisément connue pour les sérotypes 1 et 8 actuellement présents en France.
La durée de l’immunité post infectieuse est longue et dure vraisemblablement plusieurs années. Elle est très certainement supérieure à celle induite par voie vaccinale (G. Foucras).

En Allemagne, les scientifiques du FLI ont démontré que des bovins infectés naturellement par le BTV8 puis éprouvés en conditions expérimentales une année après l’infection naturelle étaient protégés cliniquement et ne présentaient aucune virémie. (Données non publiées) (Ph. Vannier, Directeur de la Santé Animale et du bien-être des animaux, AFSSA).

Cette notion de longue protection après infection naturelle est valable pour l’ensemble des sérotypes de la fièvre catarrhale. Il s’agit cependant d’une protection essentiellement « homologue », c’est à dire valable pour un sérotype donné (Ph. Vannier).

Réponse à médiation cellulaire

L’immunité cellulaire apparaît à la suite de l’infection par un virus sauvage (ou à la suite de la vaccination avec une souche atténuée).
Elle participe à la protection des ruminants. Jeggo (1984) montre ainsi que le transfert de lymphocytes T cytotoxiques entre ovins jumeaux monozygotes conférait une protection partielle vis-à-vis d’une infection expérimentale (G. Foucras).

La réponse à médiation cellulaire implique :

  • des lymphocytes T auxiliaires (réponse T CD4 auxiliaire) :

Cette réponse est dirigée contre les protéines VP2, VP5 et VP7. Les lymphocytes spécifiques de VP7 participent au développement de la réponse anticorps anti-VP7 qui est précoce et intense (G. Foucras).

  • des lymphocytes T cytotoxiques (réponse T CD8 cytotoxique)

Cette réponse est principalement dirigée contre les protéines NS1 et VP2 qui sont immunodominantes (G. Foucras).
Pour le BTV-1, il a été montré que la réponse dirigée contre NS1 est présente chez la majorité des animaux infectés, contrairement à celles vis à vis des autres protéines de BTV qui est beaucoup plus variable (Janardhana, 1999).

Une possible immunité croisée

Il existe une protection croisée partielle entre les sérotypes viraux. Celle-ci est essentiellement imputable à l’immunité cellulaire (S. Zientara, Directeur UMR INRA-AFSSA-ENVA ; Virologie, AFSSA).

Réponse humorale

On définit les sérotypes en fonction de la réponse anticorps neutralisante. L’immunité associée aux anticorps neutralisants est donc, par définition, différente entre les 24 sérotypes. Cependant, il existe des proximités antigéniques qui permettent des réactions croisées entre certains sérotypes (G. Foucras).

Réponse cellulaire

La spécificité des lymphocytes T cytotoxiques spécifiques de NS1 semble partagée par plusieurs sérotypes. Cela ne semble pas être le cas pour les lymphocytes spécifiques de VP2 (Andrew, 1995).

Les essais réalisés en matière de vaccins recombinants permettent d’apporter des informations complémentaires. L’immunisation avec un capripoxvirus exprimant la VP7 du BTV1 a ainsi permis une protection partielle vis-à-vis du BTV3 (Wade-ewans, 1996). Ces résultats n’ont cependant pas été confirmés lors des travaux récents conduits par plusieurs équipes françaises vis-à-vis du sérotype 8 (VIR, Alfort et IHAP, Toulouse) (G. Foucras).

Anticorps colostraux et protection des jeunes

- En matière de protection des nouveaux-nés, il existe peu de données établies pour les sérotypes sévissant actuellement en Europe.

Ni le titre anticorps minimum nécessaire à la protection passive du nouveau-né, ni la cinétique de décroissance de ces anticorps, ne sont précisément connus. Les infections naturelles pouvant survenir à n’importe quel moment de la gestation, les niveaux d’anticorps naturels sont très variables d’une femelle à une autre (sans parler de la variabilité de la réponse individuelle à l’infection) (JC Audonnet, Président du groupe Recherche du SIMV).

- Dans le cadre d’infections naturelles, une étude réalisée chez le faon montre que les anticorps neutralisants d’origine colostrale dirigés contre BTV-11 persistent jusqu’à 18 semaines après la naissance ; certains anticorps sont même détectables jusqu’à l’âge de 20-24 semaines (Gaydos, 2002), en l’absence de ré-infection. Aucun signe clinique n’a été observé chez les faons naturellement infectés pendant la durée de l’étude (G. Foucras).

- Des données obtenues chez l’agneau avec BTV-3 montrent que les anticorps colostraux sont partiellement protecteurs lorsque les animaux sont confrontés à un virus homologue. Ils le sont peu, ou pas du tout, lors d’une épreuve faisant intervenir un virus hétérologue (Jeggo, 1984) (G. Foucras).

-  Dans un cadre vaccinal , les réponses anticorps induites devraient être plus homogènes que lors d’une infection naturelle dans la mesure où la vaccination peut être réalisée à un moment précis de la gestation.
Le transfert des anticorps vers le colostrum ne pourra être que bénéfique pour le nouveau-né mais la période de protection passive est sans doute limitée (JC Audonnet). Il vaut donc mieux envisager une vaccination des jeunes dans le respect des spécifications actuelles (Dans son avis 2008-SA-0232, l’AFSSA recommande de vacciner les jeunes vers l’âge de 2 mois.).

Infection in utéro et immunotolérance

L’hypothèse de l’existence de jeunes immunotolérants vis-à-vis du virus de la fièvre catarrhale a été avancée pour expliquer le transhivernage.

Cependant, les données épidémiologiques vont à l’encontre de cette hypothèse et le mécanisme d’immunotolérance n’a pas été prouvé (G. Meyer, UMR INRA - ENVT ; IHAP - Interaction Hôtes Agents Pathogènes).

A la suite de l’infection naturelle par du BTV8 de femelles gestantes, on a pu observer des cas de veaux « apparemment » immunotolérants à la naissance (c’est à dire sérologiquement négatifs mais positifs par test PCR) avant toute prise colostrale. Les charges virales étaient faibles et les animaux se sont négativés par la suite en quelques semaines. Cela traduirait plutôt par conséquent une infection chez le fœtus immunocompétent à un stade avancé de gestation (G. Meyer).


Pour en savoir plus :

- Prévalence sérologique de la fièvre catarrhale à sérotype 8 au cours de l’hiver 2007-2008

- Caractéristiques cliniques de la fièvre catarrhale occasionnée par le virus de sérotype 8

- Dynamique de la fièvre catarrhale de sérotype 8 au niveau de l’animal : observations de terrain

- Transmission transplacentaire de la fièvre catarrhale ovine

- Sur le site du Réseau Français pour la Santé Animale : les réponses scientifiques et techniques apportées lors de la réunion d’information et d’échanges du 21 janvier 2009