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Accueil du site || Maladie et impacts || Symptomes et impacts || Diversité de la réponse à l’infection par le virus de la fièvre catarrhale

Lors d’infection occasionnée par le virus de la fièvre catarrhale (BTV), les situations observées s’avèrent extrêmement variables :
- selon les espèces de ruminants concernées,
- d’une région à une autre,
- d’un cheptel à un autre,
- au sein d’un même cheptel, selon les individus.

Les facteurs susceptibles d’intervenir dans la variabilité de l’expression de la maladie sur le plan clinique comme sur le plan épidémiologique ont été présentés et évalués lors de la réunion d’information et d’échanges organisée le 21 janvier 2009 dans le cadre du RFSA.

Variabilité individuelle

-  Un tableau clinique variable

Quelle que soit l’espèce, le tableau clinique apparaît comme très variable d’un animal à l’autre. Ceci est particulièrement vrai en matière d’incidence sur la reproduction (fonction du stade physiologique auquel survient l’infection et selon le sérotype viral).

Les formes aiguës et suraiguës sont plus fréquentes chez les ovins que chez les bovins.
Le taux de guérison observé lors de l’épizootie de BTV8 [1] en France a été de 98% chez les bovins.
Chez les ovins, en revanche, les taux de mortalité ont pu atteindre 10% et des formes chroniques (persistance de séquelles) ont pu être observées dans 30% des cas.
Chez les caprins enfin, l’infection présente un caractère fugace. Au sein d’un même élevage, les animaux présentant des signes cliniques (le plus souvent frustes et plus variables que chez les ovins) sont en nombre relativement restreint, la mort ne survenant que rarement.

-  Facteurs intervenant sur l’expression clinique

  • Le sérotype viral

Il n’y a pas de données disponibles permettant de comparer la pathogénicité relative des différents sérotypes de virus de la fièvre catarrhale (S. Zientara, UMR INRA-AFSSA-ENVA ; Virologie).
Chez les ovins, le BTV1 comme le BTV8 induisent des signes cliniques de nature et d’intensité similaires.
Chez les bovins, il semblerait que le BTV1 soit moins virulent que le BTV8 mais il n’existe pas, pour le moment, de données scientifiques fiables permettant de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse (G. Meyer, UMR INRA - ENVT ; IHAP [2]).

  • Autres facteurs

Pour un sérotype déterminé du virus de la fièvre catarrhale, de nombreux facteurs interviennent sur l’expression clinique de l’infection :

    • nombre de vecteurs infectés et nombre de piqûres infectantes,
    • dose infectante,
    • virulence de la souche,
    • immunité de l’animal (d’origine colostrale ou suite à une infection naturelle antérieure ou à une vaccination),…

L’incidence de la dose infectante sur les conséquences cliniques de l’infection comme sur l’immunité induite est encore mal connue.
Des données partielles sont apportées par voie expérimentale (S. Zientara).
La dose infectante est a priori importante. Elle est estimée à 104 à 106 DICT50 [3]/animal. D’autres paramètres interviennent cependant tels que le sérotype viral ou encore la voie d’inoculation (G. Meyer).

Variabilités intra et inter-élevages

Les facteurs évoqués pour expliquer les variations de l’expression clinique peuvent aussi expliquer la variabilité du taux de prévalence (taux d’infection) inter et intra-troupeau après infection naturelle.

A l’échelle de l’élevage, il est probable que la pression d’infection joue un rôle en termes de fréquence de cas cliniques et d’animaux séropositifs (S. Zientara). De manière générale, le nombre d’animaux virémiques par troupeau est largement supérieur au nombre de malades (G. Meyer).

Aucun effet immunodépresseur spécifique susceptible d’induire des pathologies intercurrentes n’a été rapporté dans le cas d’infection par des Orbivirus [4] (S. Zientara).

Variabilité selon la zone géographique

-  En France

Des premières études effectuées, il ressort que, dans les régions initialement infectées au début de l’épizootie, la prévalence est très élevée et peut s’approcher de 100%.

Une grande enquête sérologique effectuée après l’épizootie de 2007 montre que les niveaux de séroprévalence observés sont un bon reflet du nombre de foyers déclarés. Le nombre de cas cliniques, même si ceux-ci ne constituent que « la partie immergée de l’iceberg », permet par conséquent d’apprécier l’extension géographique de la maladie.

-  En Europe

La différence de nombre de foyers constatés en 2008 entre la France et d’autres pays du Nord de l’Europe est en partie imputable au fait que l’épizootie s’est développée avec un an d’avance en Belgique, aux Pays Bas ou encore en Allemagne. Une immunité naturelle post-infectieuse s’est installée dans la population réceptive.

De plus, en Belgique, il semble que la vaccination des jeunes ait été privilégiée. On peut penser que la conjonction de l’immunité post-infectieuse et de l’immunité vaccinale a contribué à protéger une grande majorité de la population.

Il serait d’ailleurs très utile et intéressant a posteriori de comparer les stratégies de vaccination des différents Etats membres selon la situation épidémiologique, et les résultats obtenus (P. Vannier, Directeur de la Santé Animale et du bien-être des animaux, AFSSA).


Pour en savoir plus :

- Synthèse réalisée par Gina Zanella (AFSSA Alfort), Fabienne Biteau (CIRAD) et Christophe Chartier (AFSSA Niort) sur les Caractéristiques cliniques de la fièvre catarrhale occasionnée par le virus de sérotype 8

- Les Signes cliniques de FCO observés dans le Nord et l’Est de la France ont été présentés sous forme d’un photo-reportage par G. Bosquet (SNGTV)

- Synthèse réalisée par Gina Zanella (AFSSA Alfort), Christophe Chartier (AFSSA Niort), Bernard Guérin (ACSEDIATE-LNCR) et Nathalie Pozzi (ACSEDIATE-LNCR) sur la Dynamique de la fièvre catarrhale de sérotype 8 au niveau de l’animal : observations de terrain.

- Synthèse réalisée par Benoit Durand (AFSSA LERPAZ), Fabienne Biteau-Coroller (CIRAD), Caroline Locatelli (LDA 08), Cécile Simon (LDA 18), Eric Le Drean (LVD 35), José Delaval (LDA 36), Eric Prengere (Laboratoire de Touraine) et Véronique Beaute (LVD 49) sur la Prévalence sérologique de la fièvre catarrhale à sérotype 8 au cours de l’hiver 2007-2008

- Sur le site du Réseau Français pour la Santé Animale : les réponses scientifiques et techniques apportées lors de la réunion d’information et d’échanges du 21 janvier 2009

notes:

[1] BTV : virus de la fièvre catarrhale ovine

[2] IHAP : Interaction Hôtes Agents Pathogènes

[3] DICT50 = Dose Infectieuse en Culture de Tissu 50 % : il s’agit du titre viral requis pour causer une infection chez 50 % des cultures cellulaires inoculées.

[4] Orbivirus : genre dont fait partie le virus de la fièvre catarrhale