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Accueil du site || Vecteurs || Méthodes de lutte || Désinsectisation des animaux : pour quels objectifs ?
L’efficacité des traitements des animaux par des insecticides vis-à-vis des Culicoides n’est pas encore précisément connue. Néanmoins et même si la désinsectisation ne semble pas empêcher l’apparition de la maladie dans les troupeaux, elle peut en revanche assurer une certaine protection, participer à la réduction de la transmission du virus et elle est donc susceptible de limiter l’extension de la maladie. Il ne s’agit pas d’y recourir de manière systématique mais avec discernement, en association avec d’autres mesures, pour sécuriser les mouvements d’animaux et les transactions commerciales et éventuellement pour réduire les risques en élevage.

Désinsectisation : un outil dans la lutte contre les Culicoides

La désinsectisation s’inscrit dans un dispositif plus large de lutte contre la transmission aux ruminants du virus de la Fièvre Catharrhale par les Culicoides, vecteurs de la maladie. Si la vaccination constitue indéniablement une des mesures clés pour le contrôle de la maladie, la lutte contre les vecteurs reste importante et complémentaire.

En traitant les animaux à l’aide d’insecticides, il s’agit :

  • de diminuer le taux d’attaque des ruminants par les Culicoides,
  • d’agir sur la densité des populations de vecteurs : action toxique permettant de les tuer avant qu’ils ne se nourrissent sur les ruminants (action létale) ou a minima de diminuer leur durée de vie ou de les éloigner (action répulsive),
  • d’interrompre le cycle de transmission du virus :
    • des Culicoides vers les ruminants (transmission de la maladie dans les troupeaux))
    • des ruminants infectés et excréteurs du virus vers les vecteurs (contamination des insectes puis diffusion de la maladie vers des sites géographiques distants).

Dans tous les cas, on ne peut attendre de ces mesures d’assurer une protection complète des troupeaux, ni de parvenir à éradiquer les vecteurs sur l’ensemble d’une zone géographique.

Différents éléments interviennent :

  • les insecticides actuellement disponibles n’ont pas été spécifiquement étudiés dans le cadre de la lutte contre les Culicoides et ne bénéficient pas d’Autorisation de Mise sur le Marché pour cette indication. Les molécules employées ont montré une efficacité variable en fonction des espèces de Culicoides ciblées. Elle n’est que très partiellement connue sur les espèces présentes en Europe.
  • Les modalités d’application des insecticides devraient être adaptées et prendre en compte les particularités de la biologie et du comportement des espèces de Culicoides vectrices : sites de repos et de repas, périodes d’activité au cours de la journée, émergence de Culicoides adultes en période hivernale,…. Dans ce domaine, les connaissances font encore défaut.
  • Des phénomènes de résistance sont susceptibles d’apparaître : résistance comportementale par des changements de comportement des insectes qui évitent ou limitent le contact avec les produits toxiques mais aussi résistance biochimique des insectes dont le métabolisme s’adapte.
  • Les traitements doivent être renouvelés de manière à prolonger la durée de protection des animaux.

La désinsectisation apparaît comme une mesure préventive qui peut être envisagée :

  • limiter la résurgence de la maladie à l’issue de la période d’inactivité hivernale,
  • pour limiter l’extension de la maladie pendant la saison d’activité vectorielle et sécuriser les transports et transactions commerciales.

Une obligation réglementaire dans le cadre des mouvements d’animaux

La désinsectisation fait partie des conditions exigées en cas de mouvements d’animaux que ce soit nationaux ou communautaires.

Le déplacement des animaux est régi par le zonage du territoire. Deux types de zones sont définies :

  • zone réglementée (ZR) dans un périmètre de 70 kilomètres autour des foyers confirmés de fièvre catarrhale [1],
  • zone indemne (ZI).

Des règles différentes sont adoptées selon :

  • la destination des animaux : en vu d’abattage, d’élevage ou d’engraissement,
  • l’âge des animaux (jeunes de moins d’un mois, autres),
  • le statut des animaux : immunisés, vaccinés, autres,
  • le type de mouvements : transhumances, manifestations,…

Cas général des mouvements d’animaux d’élevage ou d’engraissement dune Zone réglementée à une Zone Indemne (hors cas des animaux immunisés ou vaccinés) :

Les mouvements sont autorisés sous réserve que les animaux soient protégés contre les vecteurs (parce qu’ils ont été traités par des insecticides ou parce qu’on se situe en période d’inactivité vectorielle) et que l’on puisse garantir leur statut sanitaire.

En période d’activité vectorielle, la désinsectisation doit permettre d’assurer la protection des animaux pendant une durée minimale. Des tests de dépistage peuvent en outre être exigés pour apporter une garantie sanitaire complémentaire. Ils doivent être effectués soit dans les 7 jours précédant le départ de l’exploitation, soit dans le centre de rassemblement situé en zone réglementée.

En pratique, la désinsectisation doit précéder :

  • d’au moins 14 jours, une analyse virologique,
  • d’au moins 28 jours une analyse sérologique.

Si elle est appliquée depuis au moins 60 jours, les mouvements d’animaux sont autorisés sans autre condition.

Transit d’animaux par une zone de statut différent de ceux des zones de départ et d’arrivée

Les conditions de désinsectisation lors de transits d’animaux ne s’appliquent plus à partir de 60 jours après le début de la période d‘inactivité vectorielle. Elles sont à nouveau en vigueur dès reprise de l’activité des vecteurs.

Le transit d’animaux de zone à zone est autorisé à la condition que les animaux soient désinsectisés avant le chargement ou :

  • en cas de transit de ZI à ZI en passant par ZR : avant l’entrée en ZR,
  • en cas de transit de ZR à ZR en passant par ZI : avant la sortie de la ZR.

Ces mesures doivent s’accompagner du nettoyage et de la désinfection des véhicules de transport.

Déplacement des animaux de moins de 30 jours d’une Zone réglementée à une Zone Indemne pour engraissement

Les jeunes de moins de 30 jours en bonne santé doivent être traités à l’aide d’un insecticide autorisé avant leur sortie de l’exploitation d’origine.

Une fois à destination, ce traitement doit être poursuivi jusqu’au 60ième jour suivant leur mise en place.

Le traitement des animaux est associé à des mesures de désinsectisation des véhicules de transport, des centres de rassemblement éventuels et des ateliers d’engraissement de destination.

Transhumances : mouvements d’animaux en estive d’une Zone réglementée à une Zone Indemne

Une désinsectisation des animaux et des moyens de transport doit être réalisée avant le chargement.

A leur arrivée, les animaux sont isolés dans des bâtiments fermés et désinsectisés et soumis à un test de dépistage virologique ou sérologique.

Dans l’attente des résultats d’analyse, la protection anti-vectorielle par désinsectisation doit être maintenue.

Mouvements d’animaux en vu de manifestations (salons, foires, expositions)

Manifestations en Zone indemne

Les conditions générales s’appliquent.

Manifestations en Zone réglementée

Si les animaux sont originaires d’une zone réglementée, la désinsectisation des animaux et des véhicules de transport doit être réalisée avant le départ.

Si les animaux sont originaires d’une zone indemne, la désinsectisation des animaux doit être commencée avant leur départ de l’exploitation et maintenue pendant leur séjour. Elle est poursuivie à leur retour jusqu’à obtention des résultats des tests de dépistage pratiqués dans les délais suivants :

  • pour les tests virologiques : au plus tôt 14 jours après leur retour,
  • pour les tests sérologiques : au plus tôt 28 jours après leur retour.

Cas particuliers des caprins

Les insecticides sont des médicaments vétérinaires.

Ne doivent être employés que ceux qui bénéficient d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’espèce concernée. Or, il n’existe pas à ce jour de produit insecticide ayant une AMM pour les caprins. Le principe dit de la "cascade" permet dans ce cas d’utiliser un médicament vétérinaire, autorisé pour les bovins ou les ovins avec la même indication ou pour la chèvre mais pour une autre indication. Les délais d’attente sont alors définis réglementairement. Ils sont forfaitairement de 28 jours pour la viande et de 7 jours pour le lait, ceci même si les délais d’attente pour les ovins ou les bovins étaient nuls.

Pour parer à cette difficulté, des dérogations ont été apportées :

  • Déplacement en vue d’abattage : seuls les véhicules doivent être désinsectisés avant le départ,
  • Mouvements des chevreaux destinés à l’engraissement : le protocole simplifié adopté pour les animaux de moins d’un mois s’applique mais la désinsectisation des animaux peut être interrompue 28 jours avant l’abattage,
  • En zone réglementée : les femelles laitières et les chevreaux destinés à être abattus moins de 28 jours plus tard peuvent déroger à l’obligation de désinsectisation individuelle.

Enregistrements et attestations : des procédures encadrées

Comme pour tous les médicaments, les traitements insecticides doivent être enregistrés dans le carnet sanitaire.

Les ordonnances correspondantes doivent être conservées (5 ans) et jointes, le cas échéant, aux documents accompagnant les animaux en cas de vente ou de déplacement.

Pour obtenir les attestations officielles permettant les mouvements à l’exportation au sein de la CEE et vers la Suisse, les éleveurs devront produire, outre les résultats d’analyse délivrés par les laboratoires agréés, une attestation sur l’honneur indiquant :

  • les numéros d’identification des animaux traités,
  • le nom du médicament,
  • la date et l’heure d’administration du traitement.

Ces éléments seront conservés par les services de contrôle et n’accompagneront pas les animaux après départ aux échanges. Il est prévu que des contrôles soient conduits de manière ponctuelle dans les élevages afin de s’assurer de la véracité des mentions attestées par les éleveurs.

Lors d’échanges intra-communautaires ou avec la Suisse, les Certificats sanitaires et les messages électroniques TRACES doivent porter la mention du traitement insecticide appliqué.

notes:

[1] Pour mémoire, les textes communautaires prévoient, de manière générale, une zone de protection de 100 km et une zone de surveillance de 50 km, ces deux zones constituant la zone réglementée au regard de la FCO. En France, et par dérogation, ces deux zones sont fusionnées en une zone réglementée unique de 70 km.