Recherche

Accueil du site || Prévention || Mesures générales de gestion || Deux avis de l’AFSSA sur les mesures de gestion
L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) a été saisie le 2 juin 2009 par la Direction générale de l’alimentation (DGAl) sur différentes questions concernant des mesures de gestion de la fièvre catarrhale ovine.

Des éléments de réponse ont été apportés dans l’été au travers de deux avis, datés respectivement des 3 et 21 juillet.

Les 6 points suivants y sont abordés :

Procédures diagnostiques en 2009

Il est précisé que, concernant l’interprétation des résultats d’analyses virologiques, le seuil de CT (seuils de cycles correspondant à l’intensité de la réponse du test d’amplification génomique RT-PCR, inversement proportionnel à la quantité d’ARN initial) fixé à 28 jusque-là, n’est plus utile pour la datation d’une infection, compte-tenu de la circulation virale avérée depuis le 12 mars dernier.

Cette recommandation a été mise en application dans la Note de service DGAl/N2009-8195 datée du 15 juillet.

Par ailleurs, si l’on considère que la « négativation » du test d’amplification génomique (RT-PCR) a lieu au plus tard sept mois après l’infection, sept mois (et plus) après la fin de l’activité vectorielle de l’année n-1, tout résultat de RT-PCR positif (quelle que soit la valeur du Ct) résulte d’une infection datant de l’année n en cours.

La date officielle de fin de l’activité vectorielle 2008-2009 en France étant le 5 janvier 2009, à partir de début août 2009 tout résultat de RT-PCR positif peut donc être considéré comme le résultat d’une infection acquise en 2009.

L’interprétation des analyses virologiques a fait l’objet d’un avis complémentaire (Avis de l’Afssa du 8 septembre 2009) de manière à préciser la conduite à tenir en cas de Ct élevés.

Surveillance sentinelle du territoire

La surveillance sentinelle du territoire est une obligation règlementaire européenne. Cette surveillance a pour objectifs, d’une part, d’anticiper toute évolution de la répartition du sérotype 1 et, d’autre part, de détecter précocement l’introduction éventuelle de nouveaux sérotypes en France.

- Evolution du dispositif actuel en cas d’introduction d’un nouveau sérotype

A ce sujet, les experts rappellent les recommandations déjà faites lors de l’avis 2008-SA-0329 daté du 13 février 2008 :

« En cas d’introduction d’un sérotype exotique de virus FCO en France dans l’avenir par introduction accidentelle d’animaux infectés, l’abattage des animaux infectés, accompagné d’un dépistage de la diffusion du virus pourrait faire partie des scénarios à prendre en considération.

Cependant, le succès de cette mesure dans la maîtrise d’une éventuelle épizootie naissante dépend de plusieurs conditions :

  • la détection de la maladie devrait être très précoce après l’introduction des animaux infectés ;
  • le dépistage des troupeaux et des animaux infectés, localisés dans la région ou en relation épidémiologique, devrait être très rapide et exhaustif ;
  • l’élimination des animaux infectés devrait être également très rapide.

La vaccination d’urgence pourrait être utilisée en vue d’empêcher le développement d’une épizootie après introduction (prévisible ou accidentelle) d’un nouveau sérotype en France. Elle implique la disponibilité de vaccins à virus inactivé et celle d’informations sur les vaccins à virus vivant modifié disponibles. »

Dans tous les cas, il est rappelé qu’il serait nécessaire d’effectuer de nombreux prélèvements dans une zone périfocale à déterminer selon la densité d’animaux réceptifs et la saison.

Les experts précisent encore que :

  • si cette introduction se produisait en fin de période d’activité vectorielle, ces mesures pourraient éventuellement permettre une éradication rapide de ce nouveau sérotype ;
  • mais si l’introduction se produisait en début de période d’activité vectorielle, et que ces mesures n’étaient pas prises de manière assez rapide et exhaustive, que les points d’introduction étaient multiples ou que l’extension était très rapide, l’éradication ne serait probablement pas réalisable.

Au-delà d’une dizaine de foyers, il faudrait considérer que la progression du nouveau sérotype ne peut pas être bloquée.

- Valeur du dispositif actuellement en place en Corse pour détecter une circulation virale à bas bruit

Compte-tenu de la surveillance active (analyses RT-PCR) et de la surveillance passive (clinique), les experts estiment que le dispositif de surveillance est suffisamment sensible pour détecter une circulation virale, y compris à bas bruit. Toutefois, une amélioration pourrait être apportée par l’augmentation du nombre d’animaux prélevés pour analyses.

Protocole de lutte contre les sérotypes exotiques en Bretagne

En Bretagne, un comité de suivi régional a défini un protocole ayant pour objectifs d’une part de lutter contre la diffusion du BTV 1, d’autre part, de proposer des mesures en cas d’émergence d’un nouveau sérotype, dit « exotique ».
La DGAl a souhaité avoir l’avis de l’AFSSA sur ce dernier point, notamment sur l’application éventuelle des mesures préconisées dans le cas de l’apparition d’un sérotype exotique dans une autre région française.

Les experts estiment que, si le protocole proposé est globalement satisfaisant pour la Bretagne, il ne permet de répondre qu’à une situation particulière, non transposable au reste de la France : celle

  • d’une introduction limitée,
  • d’une période d’apparition favorable (activité vectorielle réduite),
  • d’une mise en oeuvre rapide des mesures sanitaires,
  • dans une région n’ayant pas ou peu de frontières terrestres.

Concernant les mesures dans un nouveau foyer de FCO dû à un sérotype exotique :

le protocole est jugé pertinent s’il y a peu d’animaux infectés par foyers :

  • animaux pour lesquels le résultat de PCR est positif : les experts sont favorables à leur isolement et leur désinsectisation ; un abattage rapide de ces animaux pourra être envisagé en cas d’infection récente, uniquement dans la mesure où la période d’apparition et le nombre d’animaux infectés seraient favorables et si la rapidité d’intervention était satisfaisante.
  • animaux pour lesquels le résultat de PCR est négatif : les experts approuvent une répétition des analyses PCR à intervalle de 15 jours, autant de fois que cela est jugé nécessaire ; ils recommandent le maintien de ces animaux à l’intérieur de bâtiments fermés au moins jusqu’à l’obtention d’un résultat négatif à la deuxième analyse.

Conséquences d’une vaccination facultative lors de la prochaine campagne

Si la vaccination devenait facultative en France en 2010, non seulement l’éradication à terme de la FCO deviendrait définitivement impossible, mais de plus la maîtrise de l’infection et de la maladie serait nécessairement moins efficace, voire impossible.

D’après les experts, il semble en effet qu’une seule année de vaccination obligatoire, suivie d’une vaccination facultative, ne soit pas à même de supprimer la circulation virale ni la maladie en France.

Bien qu’il ne soit pas possible de prédire avec certitude l’évolution de la FCO en France, il est très probable qu’elle s’installerait de façon pérenne, avec une incidence et des pertes économiques variables d’une année à l’autre, mais néanmoins significatives.

La vaccination obligatoire apparaît donc comme le meilleur moyen d’obtenir une maîtrise de la FCO.

Dans le cas où elle ne pourrait plus être généralisée, une vaccination obligatoire pour certains types de production constituerait une solution alternative, quoique moins efficace en termes de circulation virale ; seraient alors visés :

  • les animaux destinés à l’exportation (obligation règlementaire européenne),
  • les productions qui ont payé le plus lourd tribut économique à la FCO en 2008, notamment en raison des pertes liées à la reproduction, à savoir les élevages ovins et bovins allaitants.

Désinsectisation

Suite à la demande des pouvoirs publics de savoir quelles seraient les mesures de désinsectisation à mettre en oeuvre dans l’hypothèse d’une vaccination facultative lors de la prochaine campagne, les experts de l’AFSSA rappellent que, d’après l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA), quel que soit le caractère de la vaccination -obligatoire ou facultative-, l’efficacité de l’application d’insecticides (sur les animaux) sur la réduction de la transmission du BTV n’est pas prouvée.

En conséquence, il ne serait pas justifié de rendre obligatoire une méthode de lutte telle que la désinsectisation, dont on ne connaît pas réellement l’efficacité, alors même que la méthode de lutte la plus efficace connue à ce jour, à savoir la vaccination homologue, ne serait pas obligatoire.

Ils précisent toutefois que les recommandations présentées dans l’avis 2009-SA-0086 du 7 mai 2009, qui réservait les traitements aux animaux "à risques particuliers", sont également valables en cas de vaccination facultative : Evaluation de l’intérêt de la désinsectisation dans un contexte de vaccination facultative contre la fièvre catarrhale ovine

Utilisation de la PCR sur semence pour des taureaux positifs en PCR sur sang

L’Union nationale des coopératives d’élevage et d’insémination animale (UNCEIA) a transmis à la DGAl un dossier envisageant la diffusion de la semence de taureaux présentant une réaction positive au test PCR réalisé sur le sang, après réalisation d’une PCR sur semence. Ce dossier pourrait permettre de déroger à l’interdiction de diffusion des semences de ces animaux, conformément à la réglementation européenne qui prévoit cette possibilité.

Interrogés sur les qualités et les limites de la PCR réalisée sur la semence, les experts concluent, d’après les études menées par le LNR, que la sensibilité et la spécificité de la PCR réalisée sur semence sont les mêmes que celles de la PCR réalisée sur sang.

Néanmoins, tant que ces études n’auront pas été publiées, l’utilisation de cette technique ne pourra être validée officiellement.

Pièces jointes