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Accueil du site || Maladie et impacts || Transmission de la maladie || Changements climatiques et progression de la fièvre catarrhale en Europe

Une journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine a été organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 18 Mars 2010.

Au cours de cette journée, Hélène Guis a présenté un modèle pour étudier les changements climatiques auxquels est exposée l’Europe et la manière dont ils peuvent influer sur la progression de la fièvre catarrhale.

La fièvre catarrhale ovine (FCO) est une maladie transmise par des insectes vecteurs :
- Culicoides imicola dans le Sud de l’Europe,
- Culicoïdes du groupe obsoletus dans le Nord de l’Europe.

Dans le Sud de l’Europe, on considère comme probable que les facteurs climatiques (vent, température, humidité,...) jouent un rôle dans l’extension de cette maladie vectorielle.

Cycle de transmission : l’importance du système virus-hôte-vecteur

Les maladies vectorielles sont caractérisées par l’existence d’un triptyque pathogène/hôte/vecteur.

Trois étapes peuvent être considérées dans le cycle de transmission de la FCO :

  • la contamination du vecteur
    Un hôte infecté est piqué par un Culicoïde. Si l’animal est virémique, le vecteur est contaminé à l’occasion de ce repas sanguin.
  • l’amplification du virus
    Si le vecteur est compétent, le virus remonte jusqu’aux glandes salivaires. Il va s’y multiplier. La période qui sépare la contamination du vecteur du moment où le virus peut infecter un nouvel hôte correspond à la phase d’incubation extrinsèque du virus.
  • la transmission du virus à une espèce sensible
    Le vecteur, devenu infectant, est capable de transmettre le virus par piqure et de provoquer l’infection d’un animal sensible.

Pour que la transmission entre vecteur et hôte puisse avoir lieu, il faut que le ratio vecteurs/hôtes soit suffisamment important, que le nombre de piqures soit suffisant.
La durée de la virémie chez l’hôte doit être suffisamment longue pour permettre la contamination des vecteurs.
Enfin la longévité des vecteurs doit être compatible avec la durée d’incubation du virus et suffisante pour qu’ils puissent devenir infectants et aient le temps de transmettre l’infection.

L’impact des facteurs climatiques

L’impact des changements climatiques résulte de l’incidence de différents paramètres tels que la température, les précipitations ou encore les vents ainsi que de leurs interactions.

- La température peut avoir une incidence sur :

  • les limites de la zone de distribution des vecteurs, leur survie d’une saison à l’autre,
  • la biologie des vecteurs (développement, longévité, reproduction), leur activité, la fréquence des repas sanguins,
  • la compétence des vecteurs,
  • la durée d’incubation extrinsèque des virus.

Ainsi une augmentation de la température est favorable à Culicoides imicola et, à l’inverse, défavorise les Culicoïdes du groupe obsoletus. Elle induit une diminution de la durée d’incubation virale et suscite une augmentation du taux de piqures.

- L’humidité est globalement favorable au développement des populations de vecteurs (reproduction, longévité,...).

- Le vent peut jouer un rôle dans la dispersion des Culicoïdes et l’extension de la FCO.

Prise en compte des données climatiques dans l’émergence de la FCO en Europe

Les données climatiques observées entre 1961 et 2008 ont été modélisées et prises en compte pour estimer le taux de reproduction de base c’est à dire le nombre de nouveaux cas après introduction d’un hôte infecté au sein d’une population naïve.

Sur cette période, les risques les plus élevés pour l’émergence de la FCO dans le Nord de l’Europe sont observés dans les années 1990 puis en 2006 (année correspondant au niveau de risque le plus élevé).

Les phénomènes responsables de l’apparition et de l’extension des épizooties de FCO diffèrent en fonction de la zone géographique et des espèces vectrices impliquées.

Ainsi, on constate une augmentation du ratio vecteurs/hôtes pour Culicoides imicola et plutôt une situation inverse pour obsoletus.
Dans le Sud-Ouest, la progression de l’épizootie peut être mise en relation avec l’abondance de C. imicola dont la zone de distribution s’est effectivement étendue. Dans le Nord par contre, elle est essentiellement imputable à la réduction de la durée d’incubation extrinsèque du virus (et donc à la durée du cycle viral au sein des insectes) et à l’augmentation du taux de piqures.

Prospectives sur la période 2011-2050

La réalisation de simulations pour le futur s’appuie sur un ensemble de modèles climatiques régionaux.

Le risque d’expansion de la FCO en relation avec les changements climatiques devrait s’accroître dans les années à venir mais de façon plus marquée dans le Nord de l’Europe que dans le Sud-Ouest.


Pour en savoir plus :

- Résumé de l’intervention d’Hélène Guis (Université de Liverpool, Royaume-Uni) sur le site du RFSA (http://www.rfsa.net/) :
http://www.rfsa.net/MANIFESTATIONS/2010/Resumes/HG.pdf

- Sur le site du CIRAD dédié à la FCO :