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Accueil du site || Maladie et impacts || Incidence sur la reproduction || Impact de la fièvre catarrhale sur la reproduction chez la vache

Une journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine a été organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 18 Mars 2010.

Au cours de cette journée, Claire Ponsart a abordé les problèmes posés par la fièvre catarrhale (FCO) en matière de reproduction.

Pour parvenir à la naissance d’un jeune, plusieurs étapes doivent être franchies.

Il faut :
- que la femelle soit cyclée et possède un ovule de qualité,
- que la semence soit de bonne qualité,
- que la fécondation de l’ovule ait lieu et que l’embryon se développe,
- qu’il y ait maintien de la gestation (envoi d’un signal embryonnaire à J16),
- qu’il y ait naissance du jeune.

- On parlera de mortalité embryonnaire précoce (avant J16) si l’on observe un retour en chaleur après un cycle de durée normale, de 21 jours.
- Si la mortalité embryonnaire est plus tardive (après J16 et envoi du signal embryonnaire), on observe un retour en chaleur décalé dans le temps.
- Après 42 jours, on parlera de mort fœtale.

D’après des études en races Prim’Holstein , sur 100 vaches inséminées :
- 90 vaches seront fécondées,
- il y aura environ 35 cas de mortalité embryonnaire précoce (le plus fréquent), 15 de mortalité embryonnaire tardive, 3 de mortalité fœtale,
- et donc de l’ordre de 35 à 39 veaux nés.

Augmentation de la mortalité fœtale

-  Impact sur les taux de non-retours

Les taux de non-retours peuvent être estimés en fonction des intervalles entre inséminations.

Les travaux conduits par B. Mounaix et al. (2008) à partir des données nationales sur les vaches inséminées (insémination première) font apparaître au second trimestre 2007 (pic de contamination) une diminution des taux de non-retours entre élevages foyers et non-foyers de :

  • 6 % à 56 jours,
  • 12 % à 90 jours.

Ces résultats ont été similaires à ceux rapportés à la suite de la canicule de 2003.

Aucun effet significatif n’a été observé chez les génisses.
Après cette période (fin 2007), les effets ont été moins marqués.

-  Une mortalité fœtale accrue dans la Meuse et la Moselle

Une enquête de terrain a été conduite dans 54 ateliers bovins laitiers et allaitants dans les départements de de la Meuse et de la Moselle (soit 1939 vaches suivies).

Sur chaque animal, le statut sérologique a été déterminé et deux constats de gestation ont été réalisés à environ 50 jours d’intervalle, ce qui permettait par comparaison de mesurer la mortalité fœtale.

La mortalité fœtale a été deux fois plus élevée chez les femelles séropositives (3,5 % soit 31 femelles sur 893) que chez les femelles séronégatives (1,4 % soit 6 femelles sur 893).

-  Le bilan de la reproduction perturbé en races laitières

P. Le Mezec et al. (2010) ont dressé le bilan de la reproduction des femelles des trois principales races laitières à partir des données enregistrées dans le système national d’information génétique (SNIG) entre 1999 et 2008.

Lors de l’analyse, les campagnes 2007 et 2008 sont apparues particulières :

  • délai moyen vêlage - insémination première allongé notamment en race Montbéliarde (passage de 76 jours, stable sur 10 ans, à 80 en moyenne en 2007, pour revenir à 79 jours en 2008),
  • délai vêlage - insémination fécondante augmenté traduisant l’allongement du délai vêlage - insémination première et le manque de succès de l’insémination première.

Pour tenter d’identifier l’effet de la FCO, une comparaison entre deux régions différemment touchées a été menée sur la période 2004-2008 :

  • zone Est marquée par l’apparition de la maladie au cours de l’été 2007,
  • zone Ouest, considérée comme non affectée à cette même période et assimilée à une zone "témoin".

Dans les races Montbéliarde comme Prim’holstein, on a observé :

  • des différences d’évolution des taux de réussite des inséminations premières entre les vaches de la zone Est et celles de la zone Ouest,
  • pour les périodes mai-août et septembre-décembre 2007, une diminution des taux de réussite d’environ deux à trois points par rapport à la même période de 2006.

Au-delà de l’impact propre de la FCO, il est possible que des facteurs économiques conjoncturels (hausse sensible du prix du lait payé aux producteurs en 2007 puis chute en 2008) aient joué sur la conduite de la reproduction et influé sur les résultats.

-  Des observations concordantes en Belgique

L’augmentation de la mortalité fœtale chez les bovins a également été rapportée en Belgique (Meroc et al., 2009).

Par ailleurs, un impact sur la fréquence des avortements a été constaté.
En comptabilisant le nombre d’avortons par semaine et en le rapportant à l’incidence de la FCO (fréquence des nouveaux cas), on a observé une augmentation de + 80 avortements par semaine en 2007 par rapport à la période de référence et + 57 avortements par semaine par rapport à 2006.

Des effets indirects imputables à l’hyperthermie

L’hyperthermie (jusqu’à 42°C) susceptible d’être observée dans les formes aiguës de FCO peut, à elle seule, entraîner des échecs de gestation.

-  L’hyperthermie a des effets connus chez la femelle comme chez le mâle.

Elle influe sur la reproduction selon trois mécanismes :

  • action sur les hormones de la reproduction,
  • diminution de la qualité des gamètes (spermatozoïdes, ovule), des effets visibles pouvant potentiellement être observés pendant 2 mois en relation avec la durée du cycle de production des gamètes (61 jours de spermatogénèse chez le taureau, 60 à 90 jours pour la croissance folliculaire),
  • impact sur le développement de l’embryon (sensibilité à l’hyperthermie particulièrement marquée pendant les premiers jours) : induction de retours en chaleurs cycliques.

L’hyperthermie va donc se traduire par une non fécondation des ovules, ou des mortalités embryonnaires précoces.

-  Des effets, spécifiques, directs sont probables.

Ils interviennent sur :

  • la contamination du tractus génital femelle,
  • la transmission transplacentaire.

Les études consacrées à la production d’embryons in vivo (pas d’étude pour le virus BTV-8) ont montré que l’utilisation de semence infectée pouvait occasionner la contamination des donneuses : observation de séroconversions, de virémies, isolement du virus, contamination du col utérin, des cornes utérines, des ovaires.

En revanche, il n’y pas de séroconversion chez les receveuses.

Si les procédures de lavage des embryons sont respectées, il n’y a pas de contamination possible lors du transfert d’embryons.

Qu’en est-il pour le virus BTV-8 ?

L’incubation d’embryons au stade blastocyste en présence de BTV-8 induit une positivation des embryons : au bout de 48 à 96 heures.

Il y a réplication du BTV-8 chez l’embryon.
En outre, le développement embryonnaire est altéré (retard voire arrêt du développement), le nombre de cellules du bouton embryonnaire étant notamment très diminué.

La transmission transplacentaire du virus est avérée avec le BTV-8. Elle pourrait intervenir dans 10 % des cas (De Clercq et al., 2008).

Des conséquences probables à moyen terme

En relation directe avec ces impacts, on peut s’attendre à des effets induits l’année suivante :
- un décalage des intervalles vêlage-vêlage,
- une baisse probable des naissances, plus particulièrement dans les élevages allaitants, où la reproduction se fait principalement en monte naturelle et avec moins de suivi des gestations qu’en élevages laitiers.

Une étude est en cours pour explorer les impacts possibles de l’épizootie de FCO de 2008 sur la baisse, constatée en 2009 au niveau national, des naissances de veaux en élevages allaitants.


Pour en savoir plus :

- Intervention de Claire Ponsart (LNR, UNCEIA) sur le site du RFSA (http://www.rfsa.net/) :

- FCO et reproduction : des effets directs et indirects en partie prévisibles

- Ci dessous : diaporama réalisé par B. Guérin sur les " Conséquences de l’infection par le virus de la fièvre catarrhale sur la reproduction" et présenté au cours de la journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine organisée par le Réseau Français pour la Santé Animale le 21 janvier 2009.

Pièces jointes