Recherche

Accueil du site || Maladie et impacts || Virus et réponse de l’animal || Les techniques moléculaires au service de l’identification et du typage des orbivirus

Une journée d’information et d’échanges sur la fièvre catarrhale ovine (FCO) a été organisée dans le cadre du Réseau Français pour la Santé Animale (RFSA) le 18 Mars 2010.

Au cours de cette journée, Stéphan Zientara a montré l’importance du développement d’outils d’identification et de typage des orbivirus. La présence Outre-Mer d’autres sérotypes de la FCO ou encore du virus de la maladie hémorragique épizootique des cervidés permet de s’interroger sur les risques d’émergence de nouvelles épizooties en Europe.

Les orbivirus : des virus de grande variabilité antigénique

Les séquences nucléotidiques des segments d’ARN composant les génomes des orbivirus font l’objet d’étude.

- Le génome du virus de la fièvre catarrhale (FCO) est composé de 10 segments d’ARN double-brin de différentes tailles. Certains de ces segments sont communs aux différents sérotypes viraux (conservés) ; d’autres sont au contraire variables selon les virus.

On distingue ainsi 24 voire 25 sérotypes (si on inclut l’orbivirus Toggenburg) différents.

- Le virus de la maladie hémorragique épizootique des cervidés (EHDV : epizootic hemorrhagic disease virus of deer) comporte 7 à 8 sérotypes.

- Le virus de le peste équine (AHSV : African horsesickness virus) comporte 9 sérotypes distincts.

Points communs entre les orbivirus : une transmission par des Culicoïdes et une grande variabilité antigénique.

Des réassortiments, des mutations ou des échanges de segments génomiques sont possibles.
Ils font l’objet de travaux expérimentaux en génétique inverse : les virus obtenus après mutation(s) sur certains segments sont étudiés afin de comprendre le rôle et le fonctionnement des protéines.
Cela peut permettre d’identifier des marqueurs de virulence ou de rechercher des candidats vaccins recourant à des virus avec des segments délétés.

Le séquençage des segments d’ARN composant le génome viral permet également de sélectionner les amorces employées par la suite dans les tests PCR (voir à ce sujet : Intérêt des outils moléculaires dans le diagnostic).

Un réseau de laboratoires agréés

Face à l’augmentation des besoins en matière de diagnostic au cours de ces dernières années, il s’est avéré nécessaire d’utiliser de nouvelles méthodes et de décentraliser le diagnostic.

-  Décentralisation du diagnostic moléculaire

Un réseau de 64 laboratoires vétérinaires départementaux agréés a été constitué (diagnostic de groupe et génotypage des types 1 et 8 par rt-RT-PCR).

Des essais inter-laboratoires sont réalisés : un par an entre 2007 et 2009, un prévu tous les deux ans à partir de 2010.

-  Mise au point de trousses de diagnostic et de typage

Des trousses de RT-PCR en temps réel ont été développées en collaboration avec des industriels (AES-ADIAGENE et LSI) et validées par l’AFSSA (Laboratoire National de Référence) et l’IAH Pirbright (laboratoire européen de référence, situé au Royaume-Uni). Ce dernier tend à utiliser les kits développés en France, preuve de leur fiabilité.

Dans un premier temps, ont été développées des kits permettant un diagnostic de groupe (détection du génome des virus de la FCO et/ou de l’EHD) et le typage des génotypes 1 et 8 (kits duplex ou triplex).

Ils sont désormais utilisables en routine par le réseau des laboratoires agréés (Note de service DGAL/SDPPST/N2009-8359).

L’essai interlaboratoire réalisé en 2009 fait apparaître pour le diagnostic de groupe comme pour le typage 1/8 :

  • un effet "kit" : le kit triplex est un peu moins sensible que le kit duplex,
  • un effet "laboratoire".

Ces effets sont néanmoins sans répercussion sur les résultats globaux et on peut affirmer que le réseau est fonctionnel.

La gamme a par ailleurs été étendue et concerne les sérotypes 2, 4, 6, 9, 11 et 16.
Il est ainsi possible, en cas de suspicion, de détecter l’introduction de ces sérotypes en France (comme celle d’autres sérotypes exotiques puisque le Laboratoire National de référence pour la FCO dispose de réactifs pour l’identification de tous les sérotypes du BTV).

Enquête sur la présence en France du virus Toggenburg

Le virus Toggenburg (TOV) est un nouvel Orbivirus, isolé en Suisse en 2008 sur des caprins qui ne présentaient pas de signes cliniques.

Ce virus semble appartenir génétiquement au groupe des virus de la FCO (BTV), mais se distingue des 24 autres sérotypes connus. Il pourrait être prochainement officiellement reconnu comme le BTV-25. Il ne s’agit probablement pas d’un virus exotique, mais d’un virus qui était présent de longue date mais n’avait jamais été identifié. Il est possible qu’il ait été issu de réassortiments.

Une enquête virologique a été menée en France et a concerné :

  • 150 prélèvements issus de bovins et d’ovins de Franche-Comté, à la frontière suisse,
  • 100 prélèvements issus de caprins de Poitou-Charentes (Deux-Sèvres).

Une amplification du segment 2 du génome (distinct pour le BTV et le TOV) a été réalisée sur ces échantillons. Le virus Toggenburg n’a pas été identifié. Les effectifs d’étude sont toutefois trop réduits pour être assuré de l’absence du TOV en France.

Les virus de la FCO en Martinique

Les virus de la FCO circulant en Martinique ont été identifiés.
Pour ce faire, en 2006, 30 bovins naïfs en provenance de la métropole ont été importés sur l’île. Les animaux ont été introduits dans 4 exploitations différentes et ont fait l’objet d’un suivi sérologique et virologique régulier pendant un mois : prélèvements à J0, J10, J20 et J30.

A l’issue de cette période, 24 animaux sur 30 étaient PCR positive, en l’absence de tout signe clinique.

Sur 12 isolats réalisés, 7 sérotypes ont été identifiés : BTV-2, 9, 10, 17, 18, 22, 24.

En novembre 2009, des prélèvements ont été effectués sur des ovins présentant des signes cliniques évocateurs de la FCO. De nouveaux sérotypes ont été identifiés : BTV-1, 13 et 24 (souche de BTV-24 proche de celle isolée en 2006).

La maladie épizootique hémorragique (EHD)

Transmis par des Culicoïdes, l’EHDV comporte 7 à 8 sérotypes (proximité des sérotypes 1 et 3). Connu pour provoquer une maladie hémorragique chez les cervidés sauvages, il affecte la plupart des ruminants. Les sérotypes 2, 6 et 7 peuvent néanmoins occasionner des signes cliniques chez les bovins.

-  Répartition du virus

Ce virus est répandu en Amérique du Nord, en Australie, en Afrique du Nord et Outre-Mer (la Réunion).
L’EHDV-6 a été mis en évidence en Algérie, au Maroc et en Tunisie en 2006, en Turquie en 2007. L’EHDV-7 a été isolé en Israël.

-  Transmission vectorielle

Les espèces vectrices de l’EHDV sont inconnues à ce jour faute, notamment, de travaux réalisés pour évaluer la compétence vectorielle des Culicoïdes européens vis-à-vis de ce virus.

Selon l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), il est « probable que les espèces transmettant l’EHDV soient les mêmes que celles qui transmettent le BTV ».
En pratique, l’état des connaissances en la matière est comparable à celui sur la transmission du BTV en Europe il y a 4 ans.

-  Manifestations cliniques

Les signes cliniques sont similaires à ceux de la FCO :

  • Fièvre, œdèmes, hémorragies, anorexie, inflammation des bourrelets coronaires, boiteries, diarrhée ;
  • ulcères et érosions ;
  • avortements ;
  • mortalité (surtout chez le cerf).

Les observations réalisées en Israël suite aux épisodes récents de EHDV-7 en élevage bovin laitier intensif, montrent que les impacts économiques sont comparables à ceux induits par la FCO (outre les signes fébriles et congestifs, mise en évidence d’une chute de production laitière).

De même, à la Réunion où les sérogroupes 2, 6 et 7 de l’EHDV ont été identifiés, les bovins expriment des signes cliniques.

Chez les ovins, l’impact clinique de l’EHDV-6 est comparable à celui des BTV-2 et BTV-4, avec un taux de morbidité de quelques dizaines de pour cent et une mortalité variable selon les espèces et l’état physiologique des animaux. Pour les autres sérotypes d’EHDV, il n’y a pas d’expression clinique dans certaines races.

-  Méthodes diagnostiques

Il s’agit d’une maladie épizootique, saisonnière, caractérisée par l’observation de lésions hémorragiques.
Le diagnostic de certitude nécessite le recours à des analyses de laboratoire. Les outils diagnostiques (PCR de groupe et de type) sont en cours de développement.

-  Prévention

Bien que l’EHDV fasse partie des Orbivirus, comme les BTV, ces deux virus apparaissent relativement différents au plan antigénique. Il est vraisemblable qu’il n’y ait pas de protection croisée entre EHDV et BTV. La vaccination ou l’infection contre la FCO ne seraient donc pas protectrices contre le EHDV.
Vis-à-vis de ce virus, il n’existe aucun vaccin disponible...

-  Le virus à la Réunion

En 2003 déjà, des orbivirus avaient été isolés sur l’île de la Réunion : BTV-3 et EHDV-6.

Le virus de la maladie hémorragique des cervidés a à nouveau été mis en évidence et isolé sur l’île en janvier 2009.

Suite à l’observation de signes cliniques évocateurs de FCO chez des bovins, des tests ont été réalisés :

  • 120 animaux étaient EHDV positifs,
  • 5 animaux étaient EHDV positifs et BTV positifs.

A la suite de l’isolement des virus et de leur typage, des souches de BTV-2 et d’EHDV-6 ont été identifiés...

-  Un risque réel d’introduction en Europe

Un avis de l’EFSA a été consacré à l’EHDV et publié fin 2009.

Compte tenu de l’identification récente des virus EHDV-6 et EHDV-7 dans des pays voisins de l’Union Européenne, l’EFSA considère qu’il existe « un risque significatif d’établissement de l’EHDV en Europe ».


Pour en savoir plus :

- Intervention de Stéphan Zientara, Corinne Sailleau, Emmanuel Bréard, Cyril Viarouge, Kamilla Gorna, Anthony Relmy, Alexandra Desprat (UMR Virologie Afssa/INRA/ENVA, Maisons-Alfort) sur le site du RFSA (http://www.rfsa.net/) :

- Origine des nouveaux sérotypes de fièvre catarrhale présents en Europe du Nord : l’apport des études de typage moléculaire

- La Bluetongue dans les départements d’outre-mer : synthèse réalisée par Guillaume Gerbier et Stéphan Zientara dans le numéro Hors série - Spécial FCO du Bulletin épidémiologique de l’AFSSA (voir dans le dossier "Magazines") :
http://www.afssa.fr/Documents/BEP-mg-BE35-art9.pdf

- Avis scientifique de la Commission européenne concernant la maladie hémorragique épizootique et adopté par le groupe scientifique sur la santé et le bien-être des animaux (groupe AHAW) le 2 décembre 2009 :
http://www.efsa.europa.eu/fr/scdocs/scdoc/1418.htm

- Avis de l’AFSSA :

Pièces jointes